Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/283

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


jaillirent pendant long-temps tout l’or et l’argent du Pérou, le siége enfin d’un gouvernement qui s’établit sur les débris sanglans de l’empire pacifique des Incas. La renommée de cette cité a franchi les mers et retenti en Europe ; mais combien il faut rabattre de ces grandes réputations qui grossissent dans le lointain, et qui ne peuvent que perdre, à être jugées de près. Lors de la relâche de la corvette la coquille, Lima était, il est vrai, bouleversée par la guerre civile. Les partis politiques qui s’en disputaient la possession étaient aux prises. Les habitans, tracassés, molestés, cachaient soigneusement leurs richesses. Les couvens, bien que protégés par une croyance religieuse exclusive, se dépouillaient des statues de saints d’or ou d’argent massif qui en décoraient les autels. Cette ville, en un mot, n’était que l’ombre d’elle-même, et son ancienne splendeur sous plusieurs des vice-rois castillans était totalement éclipsée.

La position qu’occupe Lima n’a rien d’attrayant ; un développement considérable de murailles enceint la ville, à l’extrémité de la vaste plaine qu’elle occupe au pied même d’une chaîne montagneuse qui se détache de la Cordillière de la côte. Mais les flancs escarpés de ces montagnes repoussent la vue par leur nudité, et la plaine d’alentour, dépouillée d’arbres, n’offre çà et là que des buissons et des flaques d’eau entrecoupées de cabanes et de quelques plantations établies au milieu des marécages ; des murs en terre, solidement construits d’après la