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d’abord à la maison de la défunte, en poussant des hurlemens pendant une heure ou deux ; après cela, on transporta le corps dans le bali ou salle d’audience, où toute le monde devait dîner ; pour nous, nous préférâmes dîner ailleurs. Mais le soir il ne nous fut pas possible de nous dispenser d’être témoins des danses et des chants qui eurent lieu, devant tout le vvillage assemblé, dans la salle où l’on avait déposé le corps. Le lendemain matin, le chef du vvillage tua une chèvre et en répandit le sang autour de la maison de la défunte, pendant que les jeunes fvilles, placées de manière à pouvoir être entendues de l’intérieur du bali, criaient, à qui mieux mieux, et de toute la force de leur poumons : O mère, reviens ! mère, reviens ! Ce bruit se prolongea jusqu’au moment où il fut décidé que le corps ne serait pas gardé plus long-temps. On l’enleva lors de la place où il était, on le transporta paisiblement hors du village, et on le descendit dans une fosse sans autre cérémonie.

Quoique se disant mahométans, les habitans de Bali sont plus attachés qu’on ne croirait à leurs vieilles superstitions et au culte qu’ils pratiquaient autrefois. J’ai éclairci leur ancienne mythologie, et j’ai obtenu d’eux les noms d’au moins vingt dieux, dont plusieurs sont hindoux.

Ils n’ont aucune idée d’un être suprême, éternel, créateur de toutes choses, bien qu’ils fassent un usage fréquent des mots Allah Tuah, dont le premier est employé par les Arabes, et le second par les Malais, pour exprimer l’idée de la Divinité. Mais l’ignorant Pasumah est loin d’y attacher un tel sens ; demandez-lui-en effet, ce qu’il entend par ces mots, et il vous répond : « c’est le nom d’un des Dewas. » Suivant