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le majestueux amphithéâtre des monts qui nous séparent de l’Ibérie. Avec ce guide, elle en peut suivre facilement les détours sinueux, sonder ses curieuses et profondes cavités, en parcourir de la base jusqu’au faite les terrasses ascendantes, chargées comme elles sont de populations diversifiées par des caractères, des goûts, des langages, des costumes différens, et elle y peut observer avec fruit tout ce que la main de l’homme a déposé de civilisation sur cette terre rude et sauvage, depuis les cités populeuses assises au milieu de cultures prospères et de fertiles vignobles, jusqu’aux cabanes solitaires des bergers qui se perdent dans les nues à côté des glaciers éternels ; depuis les demeures actives de l’industrie où se pétrissent à grand bruit les métaux arrachés au sol voisin, jusqu’aux monastères en ruines, anciens séjours d’une silencieuse oisiveté ; enfin depuis les thermes élégans où l’on prend tant de peine à se conserver la vie, jusqu’aux châteaux crénelés où l’on prend tant de plaisir à la perdre. Fruit de voyages dispendieux, de courses pénibles, et quelquefois dangereuses, je ne crains pas de dire que ce recueil pittoresque, élevé à grands frais, et enfin terminé après six années de publication, forme un monument de l’art, digne du monument sublime de la nature auquel il est consacré.

Mais ne nous en tenons pas à cette vue extérieure de l’édifice, pénétrons-y, et parcourons-en quelques compartimens, quelque galerie qui me donnera l’occasion de particulariser les sentimens que je viens d’exprimer sur l’original et sur le mérite de l’imitation. C’est le moment de repasser dans sa mémoire les impressions qu’on a recueillies sur les lieux, et d’en interroger les descriptions et les peintures, quand la saison rigoureuse en chasse les plus intrépides par des encombremens de glaces et de neiges, et ne permet plus que la jouissance, au coin du foyer domestique, des souvenirs ou des projets, et dont chacun est susceptible d’inspirer assez d’intérêt pour qu’on n’ait pas à regretter d’y arrêter