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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/216

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Vainement il emprunterait à la géographie ses termes techniques de pics, de cornes, de dents ou d’aiguilles, ils ne sont eux-mêmes que les représentans d’idées générales qui conviennent à une foule de montagnes, et ne spécialisent pas les formes de celles qu’il voudrait désigner. Et c’est là justement où se fait sentir le vide de tous nos tableaux écrits, dont il est bien peu qui modèlent assez exactement l’arrangement extérieur des montagnes pour ne pas être applicables à cent autres. Je ne demanderais pas à quelqu’un qui rend compte d’une foire, d’une assemblée quelconque, vive et passionnée, de me donner le signalement ou le portrait de chaque personne qui la composait, et je ne demanderai non plus à celui qui me décrit une vaste chaîne, de me montrer la structure rigoureuse de chaque montagne qui la forme. Mais c’est pourtant là ce qui serait nécessaire pour me faire assister au spectacle dont on veut m’émouvoir, car c’est bien cet assemblage de physionomies diverses et d’expressions contrastantes, c’est bien cette réunion de tant d’individualités originales ou nouvelles, qui nous frappe si fort dans un cas comme dans l’autre. Cette variété reste toujours inexprimée, elle est un Protée auquel on ne peut faire subir les chaînes du langage.

Toutefois, Monsieur, n’allez pas conclure de là que mon intention soit de réduire l’artiste à briser ses pinceaux ou ses crayons, et le poète à demeurer muet devant des merveilles si bien faites pour enflammer leur imagination, pour échauffer leur enthousiasme. On peut parler des imperfections des arts humains sans renoncer à en admirer les efforts, et l’homme n’est pas moins grand pour être petit auprès de ces grandes choses. Ce n’est pas méconnaître la puissance du génie que de montrer la nature échappant une fois à son empire, ce n’est qu’une manière comme une autre de faire voir quelle haute idée il faut prendre d’elle dans ses superbes ouvrages. Ceux qui l’étudient chaque jour, et qui en font l’objet de leur culte, le savent mieux que d’autres, et M. Melling tout le premier. Il sait bien que, parmi les admirateurs