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subtil, plus diaphane, remplissait l’espace éthéré. Autour de nous se déployait, une pelouse verte et fleurie que de nombreux troupeaux de moutons ; de chèvres, de vaches et de chevaux, animaient de toute la diversité de leurs allures, de leurs jeux, de leurs mugissemens et de leurs cris. Là s’étendait un banc de neige, étincelant sous les feux du soleil de juillet, pis à côté un bouquet d’iris ou de marguerites. À notre droite s’élançait dans l’air le pic de la montagne, vieux roc à tête chenue, qui porte dans ses déchiremens, qu’on croirait tout frais, l’empreinte de terribles catastrophes plutôt que celle du temps. Mais ce qui se passait à notre gauche captiva bientôt toute notre attention. Nos regards, suivant la déclivité de la montagne, s’arrêtaient sur un entassement énorme de nuages, semblables à de gros flocons de coton, qui, amoncelés, culbutés les uns sur les autres, roulaient dans un désordre admirable avec la vélocité des vents. Leur marche, ordinairement douce et posée quand on la voit des plaines, était, à cette distance rapprochée, si rapide et si bouleversée, que leur voisinage n’était pas pour nous sans quelque effroi, et rendait douteux si ce n’était pas le sol qui fuyait sous nos pieds de toute cette vitesse. Une vive lumière pénétrant ces masses poreuses variait l’éclat de leurs teintes brillantes, et un souffle violent qui les poussait variait à l’infini le dessin de leurs assemblages. Ainsi réunies en corps flottans, elles offraient la majesté d’un vaste ensemble et le caractère imposant de l’unité ; puis tout à coup rompues, dispersées en éclats, on eût dit les ondes d’une mer fougueuse brisées contre un rocher. De ces agglomérations ou de ces déchirures naissent des métamorphoses sans fin, toujours aussi subites qu’imprévues.

Mais quelles étaient surtout ces grandes figures surgissant par intervalles au milieu de ce mouvement général ? Elles