Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/207

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à la fois la plus merveilleuse et la plus imposante des scènes qui apparaissent aux regards de l’homme.

L’intérieur de certaines forêts qui semblent n’avoir été jeunes qu’avec le monde, et dont chaque arbre est un monument ; certaines chutes d’eau, telles que celles du Niagara et du Parana ; les grands fleuves considérés dans la totalité de leur cours, les champs de glace du pôle et ses îles flottantes où se reflètent les couleurs prismatiques, sont encore autant d’objets pittoresques à mettre au nombre des grands traits physiques du globe, susceptibles d’imprimer le sentiment de cette terreur délicieuse dont notre esprit se montre avide ; cependant aucun ne me paraît devoir rivaliser avec le premier terme de ma comparaison, tous n’offrent qu’une face, ne donnent qu’une seule sensation trop uniforme et trop facilement épuisée.

Reste donc à chercher parmi tous les sites variés que forment les eaux, les bois, les collines, et quelques autres accidens du terrain, et j’y vois en effet répandus à l’infini des paysages en hauteurs, des retraites délicieuses, séjours d’une douce paix, sources inépuisables d’ivresse et de jouissances paisibles. Mais au milieu de toutes ces riantes campagnes, de ces bocages, de ces belles eaux, de ces riches guérets où la grâce se joue, il ne se rencontre rien qui puisse lutter avec les tableaux gigantesques, avec les lignes audacieuses et bizarres des chaînes montagneuses. Ces vastes sommités peuvent seules nous présenter la réunion des contrastes les plus heurtés et des harmonies lui plus suaves, des déchiremens les plus horribles et des contours les plus moelleux ; les masses glacées du pôle y reposent à côté de vertes prairies et de fertiles cultures ; les eaux y affectent toutes les formes, s’étendent en lacs, murmurent en ruisseaux, se précipitent en cataractes, ou roulent en fleuves limoneux. C’est là que la nature découvre à nos yeux les entrailles du globe et ses grands ossemens ; c’est là aussi qu’elle nous montre de près le mécanisme intéressant des nuages et tous les jeux de l’atmosphère, réunissant ainsi dans un contact singulier les hauteurs du