Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/14

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mouillèrent à l’entrée du détroit de Basselan. Une prodigieuse quantité de petits îlots nous y environnaient de toutes parts. On envoya sur quelques-uns des embarcations du bord pour prendre des relèvemens. Je me fis descendre sur une de ces petites îles, et je pus examiner à mon aise dans ce lieu agreste, où la main de l’homme n’a jamais contrarié la nature, la végétation dans toute sa force. Je suis peut-être le premier et le seul qui ait visité ce petit point du globe sur lequel je ne rencontrai aucune trace humaine. Les bois sont impénétrables par la quantité de lianes qui se croisent dans tous les sens. J’admirai dans toute sa beauté le baringtonia (Butonica speciosa, RUMPH.) , arbre qui croît sur le bord de la mer, et dont les fleurs et les fruits surchargent continuellement les longs rameaux. Au pied de cet arbre s’élève une pépinière de jeunes plants qui ne sont point encore dégagés du gros fruit quadrangulaire auxquels ils doivent leur naissance, et qu’on appelle dans le pays bonnet carré.

Je trouvai là cette belle espèce de raquoià larges feuilles, que j’ai nommée de puis Gandanus latifolius… également couvert de fruits. Les alentours formaient une forêt de jeunes raquois, encore accompagnés de leurs graines.

Ici s’offraient à mes yeux de belles espèces d’étythrina de la plus haute élévation ; plus loin, je trouvai une espèce très-rare de hauhinia, quelques genres peu communs de légumineuses, deux espèces bien distincts de calamus, dont les tiges s’élevaient à plus de deux cents pieds de hauteur, sur un pouce de diamètre ; deux espèces de dracoena rares et peu connus, des bombax dont la grosseurs et l’élévation les faisaient remarquer de loin.