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en espagnol l’histoire de la conquête de la Nouvelle-Espagne d’après les diverses relations des conquérans, j’ai voulu l’écrire, moi, en langue mexicaine, non pas tant encore pour tirer quelques vérités des Indiens qui se trouvaient présens à la conquête, que dans l’intention d’indiquer le langage employé pour signaler les évènemens de la guerre et les armes dont usaient les évènemens de la guerre et les armes dont usaient les naturels. On peut alléguer que ceux qui furent conquis surent et conservèrent la tradition d’une foule de choses ignorées des conquérans.

« C’est pourquoi il ne m’a pas semblé inutile d’écrire cette histoire, qui a été retracée dans un temps où vivaient ceux qui étaient présens à la conquête, dont ils ont donné la relation suivante. C’étaient des personnages d’importance, de bon jugement, et qui, à coup sûr, ont dit toute la vérité. »

Sahagun commence immédiatement à raconter de quelle manière s’effectuera la conquête du Mexique.

Après avoir dit comment les capitaines de Motezuzuma [1], qu’on désignait sous le nom de Calpixques, allèrent au nombre de cinq visiter les navires de Grijalva, qu’ils prirent pour le dieu Quetzalcoatl [2] ; après

  1. Sahagun appelle ainsi Montezuma. Il le désigne également sous le nom de Montecuzuma, de Motezuzuma et de Motezuzoma. Cette variété de l’orthographe vient en partie de la valeur du C espagnol. C’est à tort, nous pensons, que de savans écrivains ont dit, d’après Cortès, que le nom du célèbre empereur du Mexique était Monteczuma ou Moteczoma.
  2. Quetzalcoatl ou Quetzalcohualt était pour le Mexique ce qu’était Manco-Capac pour le Pérou. Le bon moine le compare au roi Arthur des Anglais. Ce qu’il y a de certain, c’est que cet antique législateur des Toltèques est représenté comme un homme barbu ; ce qui a ouvert un vaste champ aux conjectures des premiers Européens qui s’occupèrent de l’histoire du pays. Voici ce que dit à ce sujet M. de Humboldt.
    « Des savans Mexicains crurent reconnaître l’apôtre saint Thomas dans ce personnage mystérieux, grand-prêtre de Tula, que les Cholulanais connaissaient sous le nom de Quetzalcoatl. Il n’est pas douteur que le nestorianisme, mêlé au dogme des Boudhistes et des Chamans, ne se soit répandu par la Tartarie des Mandchoux, dans le nord-est de l’Asie. On pourrait donc supposer, avec quelque apparence de raison, que les idées chrétiennes ont été communiquées par la même voie aux peuples mexicains, surtout aux habitans de cette terre boréale de laquelle sortirent les Toltèques, et que nous devons considérer comme l’officina vovorum du Nouveau-Monde. »
    Humboldt. Vues des Cordillères et monumens de l’Amérique.