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les ténèbres soient à jamais sur l’univers, et qu’il n’y ait plus nulle habitation des hommes. Les anciens l’ont su, et ils l’ont dit. De tradition en tradition, nous avons appris que la fin du monde devait s’accomplir après que la terre serait lasse de produire d’autres créatures. Seigneur, nous aurons pour richesse et pour plaisir que cette prédiction s’accomplisse sur nous ! O infortunés que nous sommes ! Ah ! soyez assez clément pour nous envoyer une peste qui nous achève tout à coup. Cette plaie a coutume de venir du dieu de l’enfer, et dans cette circonstance, par bonheur, la déesse de l’abondance et le dieu des moissons accordent quelque fraîcheur, au moyen de laquelle ceux qui meurent, emportent quelques petites provisions pour traverser le chemin qui conduit à l’enfer. Considérez que cette tribulation n’est point amenée par la guerre, et qu’elle procède des rayons du soleil, que le soleil, comme un dieu fort et valeureux, lance sur la terre ; car autrement, les soldats, les vaillans, les hommes forts et belliqueux mèneraient grande joie de se trouver en péril, parce que dans les vicissitudes de la guerre beaucoup meurent, qu’on répand beaucoup de sang, que l’on amoncelle dans campagnes les corps morts, les ossemens des vaincus, et qu’on jonche la surface de la terre des cheveux de ces têtes qui se dépouillent quand elles se corrompent. Ils ne craignent rien de tout cela, parce qu’ils sont persuadés que leur âme va dans la maison du soleil, où ils célèbrent les louanges du dieu avec des voix pleines d’allégresse, et où ils sucent les fleurs de diverses manières avec grande volupté.

« O Seigneur plein de pitié ! Seigneur de la verdure, des gommes, des herbes odorantes, je vous supplie de regarder votre peuple avec miséricorde ! »