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VOYAGE AU JAPON.

qu’aucun de nous ne s’éloignât. Si je dois en croire mon hôte, il y eut, parmi les habitans, un dessein formé de nous égorger tous avant de prévenir leur seigneur. Si ce rapport, que ne suis pas disposé à croire, est exact, il plut au Tout-Puissant de nous délivrer de ce nouveau danger ; car, à trois ou quatre jours de là, le tono vint me rendre visite avec un grand apparat, en se faisant précéder par plus de trois cents personnes qui portaient diverses insignes ou bannières du Dayri et de l’Empereur du Japon, chacun suivant sa qualité et sa condition. La plupart des hommes qui formaient cette escorte étaient armés de lances et d’arquebuses et d’une espèce de hallebarde qu’ils appellent nanguinatas, pareille en quelque sorte à celles dont nous nous servons en Espagne, mais, à mon avis, bien meilleures. Avant d’entrer dans le village, le tono m’envoya un de ses gens suivi de plus de trente personnes pour me prévenir qu’il venait pour me visiter. Je lui répondis que je recevrais sa visite avec grand plaisir, et il sortit pour porter ma réponse à son maître. Peu après, il en vint un autre avec un plus grand nombre de personnes à sa suite et avec plus de cérémonie ; celui-ci m’annonça que le tono venait d’arriver, qu’il me baisait les mains, et que plus il avançait, plus le plaisir qu’il se promettait de sa visite s’augmentait. Je crus devoir me conformer à l’usage du pays ; je lui envoyai un de mes gens qui le rencontra tout près de ma maison, et au compliment duquel il répondit comme aurait pu le faire le courtisan le plus poli de Madrid. Il des-