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En dépit de ces légères réserves, ce petit livre qui est agréable à lire, et dont les derniers chapitres sont très bien faits, mérite une pleine estime. — Ilnous offre à la première page, un portrait remarquable, vivant et que nous dirions presque parlant, du philosophe.

An Examination of Professor Bergsons Philosophy par David Balsillie, 1 vol. in-8 de 228 p., London, Williams and Norgate, 1912. — M. Balsillie étudie la philosophie de H. Bergson à l’aide des trois grands ouvrages où elle est exposée, et aussi d’après les conférences faites en Angleterre qu’il analyse avec assez de détails. Mais son ouvrage est avant tout une critique. D’après lui, il y aurait non seulement une évolution, mais des contradictions dans la philosophie de H. Bergson ; l’espace qui est une réalité dans les Données Immédiates, est une illusion, dit-il, dans les autres ouvrages. Les objets extérieurs existent d’une façon différente dans les Données Immédiates, dans Matière et Mémoire, dans l’Évolution Créatrice. L’immobilité apparente des choses est expliquée, continue M. Balsillie, tantôt par les nécessités de l’action, tantôt par une sorte de parallélisme entre deux mouvements. Le mouvement de la conscience et celui de la matière vont, d’après l’Évolution Créatrice, dans deux directions différentes ; tandis que dans la Perception du changement ils vont dans le même sens. Aussi les principaux problèmes, dit M. Balsillie, sont-ils résolus dans les différents ouvrages de façons différentes. « Nous avons été charmés par la magie de son art, écrit-il ; nous avons suivi avec intérêt les variations de son thème et son habileté d’exécutant ; mais nous ne pouvons nous empêcher de penser que, finalement, il ne nous a pas satisfaits ; et il ne nous a pas satisfaits parce qu’il avait trop de cordes à sa lyre ». En deuxième lieu, toujours d’après M. Balsillie, la philosophie de M. Bergson n’est que mécanisme et épiphénoménisme ; les théories du plaisir et de la douleur, de l’idée générale, de l’association des idées, des deux mémoires toutes deux au fond automatiques, ce sont là autant de théories mécaniques. Et M. Balsillie conclut cette partie de son ouvrage par cette phrase qui étonne : « C’est en vain que l’auteur a employé son grand talent à déduire l’expérience humaine d’une façon mécanique par un processus qui part d’en bas ». — Qu’y a-t-il de vrai dans ces observations ? Les contradictions que M. Balsillie relève, sont-elles de vraies contradictions ? parfois le critique a forcé les thèses bergsoniennes, sur l’existence de l’espace ou son inexistence par exemple ; parfois les deux thèses différentes s’expliquent l’une l’autre au lieu de se contredire : par exemple, si les deux mouvements de la matière et de l’esprit sont réglés l’un sur l’autre, n’est-ce pas précisément ce qui permet notre action ? — En ce qui concerne la deuxième critique, certaines thèses, — particulièrement dans Matière et Mémoire, peuvent avoir une apparence mécaniste ; mais grâce à ces mécanismes, l’énergie spirituelle est libérée ; et d’autre part, elle les domine et s’en sert. Au lieu de cette multitude de critiques éparses (la question du temps est reprise en plusieurs endroits ; pour savoir quelle est suivant l’auteur, l’évolution de M. Bergson, il faut feuilleter tout le volume) il eût mieux valu sans doute découvrir les quelques idées simples autour desquelles s’ordonne le système, et tenter de les détruire plutôt à l’aide d’expériences qu’à l’aide d’arguments. — Quelques lacunes sont à signaler : M. Balsillie ne mentionne ni l’Introduction à la Métaphysique, ni l’article sur le Paralogisme psycho-physiologique, ni celui sur le Souvenir du Présent. À la fin du volume, l’auteur consacre deux chapitres à montrer que les théories physiques et biologiques les plus récentes ne contredisent pas les croyances spiritualistes et théistes et que le règne de la finalité et le règne de la causalité sont en harmonie. La critique du bergsonisme s’achève par un acte de foi dans le néo-hégélianisme.

Açvaghosa, poeta del Buddhismo, par Carlo Formichi. 1 vol. grand-in-8 de xvi-408 p., Bari, Gius. Laterza e figli, 1912. — L’ouvrage qui se présente à nous sous ce titre n’est pas un livre de vulgarisation littéraire, bien qu’il soit aussi accessible aux profanes qu’instructif aux érudits ; c’est le travail d’un sanscritiste émérite à propos d’une des plus belles œuvres de la poésie indienne, et l’auteur du poème, ainsi que son sujet, doivent attirer et retenir l’attention des philosophes.

Açvaghosa, qui vécut au plus tard dans la première moitié du second siècle de notre ère, s’impose de plus en plus à l’examen des indianistes comme une personnalité de tout premier plan. Il fut le conseiller du grand monarque indo-scythe Kaniska, dont la domination s’étendit à un tiers de l’Asie. Il passe pour un musicien célèbre. Il est l’auteur de plusieurs poèmes dont les plus illustres sont la Vajrasùcî et le Buddhacarita. Pour la culture morale