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de Philosophie scientifique », n’est-il pas cité encore à sa place logique, sous la rubrique « Psychologie » ? N° 402 : pour Jean Tauber, lire « Jean Tauler ». Pourquoi avoir omis le « mythe vertuïste » de Vilfredo Pareto ? et le « Commentaire français littéral de la Somme Théologique de saint Thomas », plus important que l’article du même auteur, cité au n° 2903 ?

Die Kritische Ethik bei Kant, Schiller und Fries. Eine Revision ihrer Ormzipien, par Léonard Nelson. 1 vol. in-8° de 201 p., Göttingen, Vandenhoek et Ruprecht, 1914. — Il ne faudrait pas chercher dans cet ouvrage une étude purement historique et parfaitement objective de la morale de Kant, de Schiller et de Fries ; on sait quelle est la méthode adoptée par M. Nelson : les études historiques ne sont pour lui que l’instrument, l’occasion ou le prétexte d’exposer sa propre pensée ; la fin en est toujours essentiellement systématique. Ici le point de départ de l’auteur est la conviction qu’il y a une vérité éthique inébranlable, à laquelle il s’agit de donner la forme scientifique ; et il ne suit la voie suivant laquelle on a travaillé jusqu’à lui à découvrir cette vérité que pour déterminer l’endroit jusqu’auquel on sait approcher du but qu’il s’agit d’atteindre. Toutefois la critique de l’auteur, dans cet ouvrage comme dans son livre über das sogenannte Erkenntnissproblem, ne consiste pas à opposer aux vues des auteurs qu’il étudie ses opinions propres : c’est au contraire, et il faut s’en féliciter, une critique immanente, dont le principe est celui-là même qui a été introduit par l’auteur critiqué et qui est à la base de sa pensée.

La première partie de l’ouvrage est consacrée à Kant. M. Nelson indique d’abord quels progrès la morale a réalisés chez Kant : Kant a découvert le problème de la métaphysique des mœurs et celui de la critique de la raison pratique, la distinction de l’impératif catégorique et de l’impératif hypothétique, de la philosophie théorique et de la philosophie pratique ; il a débarrassé la morale de tout utilitarisme, de toute hétéronomie, montré l’impossibilité de toute Güterethik (morale fondée sur l’idée d’un souverain bien), établi que c’est dans la volonté que réside le critérium de la valeur morale d’une action (Gesinnpungsethik) et fondé d’une manière inattaquable le rigorisme moral. Telles sont les découvertes durables dues à Kant et qu’il convient d’inscrire à l’actif de la philosophie morale.

Mais il ne faut point oublier pourtant les insuffisances et les erreurs du kantisme et leurs graves conséquences. Le principe de la recherche de Kant est, au lieu de partir comme ses prédécesseurs d’un principe dogmatiquement posé, de partir au contraire du fait de nos jugements éthiques et d’en analyser les conditions logiques ; mais l’erreur s’est glissée au moment précis où Kant, abandonnant cette marche régressive, devient infidèle à sa propre méthode : ce moment est celui du passage de la notion du devoir à la loi du devoir : Kant a cru pouvoir déduire cette loi de la simple notion du devoir au lieu de la découvrir en poursuivant l’analyse de nos jugements éthiques (p. 9). De là toute une série d’erreurs : confusion du Critérium du devoir avec le mobile de l’action morale ; confusion constante de la proposition analytique d’après laquelle la maxime d’une action morale doit avoir la forme d’une loi pratique avec la proposition synthétique d’après laquelle on doit vouloir qu’elle vaille comme loi de la nature ; incertitude dans la signification de l’autonomie de l’être raisonnable comme sujet de devoirs avec son autonomie comme objet de devoirs, rechute dans la Güterethik, en ce que Kant essaie d’établir la valeur absolue de la personne en elle-même et pour elle-même et de fonder la loi sur cette valeur ; insuffisances dans l’élaboration psychologique de la théorie de la raison pratique (p. 36), etc., etc.

Ces erreurs ou ces lacunes ont entraîné des conséquences graves : restriction de l’éthique à une simple philosophie morale ; négligence des intérêts esthétiques ; dans la théorie de la vertu prétendue impossibilité d’un devoir de travailler à la perfection d’autrui ; méconnaissance des devoirs envers les animaux, etc. ; dans la théorie du droit, qui est au fond absolument incompatible avec le logicisme de la morale kantienne, et à laquelle Kant n’aboutit que par une série d’inconséquences, confusion de l’idéal politique de l’état de droit avec l’idéal pédagogique du perfectionnement des hommes, et confusion de cet idéal avec un devoir, impossibilité de déduire aucun droit de la notion purement négative d’autonomie, de sorte que le passage du principe vide aux règles de droit déterminées ne s’accomplit qu’à la suite d’une quaternio terminorum qui est le vice fondamental de la théorie kantienne de la volonté pure ; confusion de la volonté législatrice universelle au sens de raison pure pratique avec la volonté législatrice universelle au sens de décision unanime de