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lieu de se contenter des données de l’observation brute, a recours pour pénétrer le détail, pour déceler l’inobservable, pour analyser en un mot, à des instruments tels que le microscope, le galvanomètre, etc., engins diaboliques, je veux dire métaphysiques. — Seulement faute de telles analyses, M. Baumann raisonne sur des idées vagues et n’opère que des rapprochements verbaux. Mais, par contre, quelle confiance à la parole du Maitre et quelle prédominance de cet instinct de vénération, qui, selon M. Baumann lui-même, s’il fait des raisonneurs à vastes déductions, empêche de voir les faits et ôte le sentiment du réel !

Psycho-physiologie de la Douleur, par I. Ioteyko et M. Stefanowska. 1 vol. in-8 de 251 p., Paris, Alcan, 1908. — Dans ce livre extrêmement confus, où il est difficile de retrouver aussi bien un plan dans la succession des chapitres qu’un ordre quelconque dans la juxtaposition des idées qui composent la plupart d’entre eux, le lecteur patient qui ne se laissera rebuter ni par l’amas d’inutilités qui l’encombrent ni par les répétitions, ni par le désordre dans lequel elles sont présentées, trouvera, quelques idées fort intéressantes, des résultats précieux d’expériences nouvelles et très ingénieuses, des hypothèses dignes d’attention, et peut-être destinées à ouvrir à des recherches ultérieures une voie féconde, et enfin une excellente bibliographie qui termine le volume.

Les thèses qu’un examen attentif et patient permet de dégager de l’ouvrage sont les suivantes. En premier lieu ces sensations douloureuses proprement dites (que les auteurs distinguent autrement des états désagréables) nous sont fournies par un sens particulier bien distinct des autres sens cutanés (au nombre de quatre, contact, froid, chaud, douleur), et dont la différenciation est démontrée par l’existence d’organes périphériques spéciaux, de voies de conductions spéciales, de centres particuliers. La spécificité des organes périphériques a été prouvée par la méthode des excitateurs punctiformes, il est des points de la peau qui ne possèdent que des terminaisons nerveuses susceptibles de percevoir les impressions douloureuses. D’autres ne sont sensibles qu’au chaud, d’autres qu’au contact, d’autres qu’au froid. Mais ces terminaisons nerveuses destinées à percevoir la douleur présentent la particularité de pouvoir être excédées par tous les agents physiques lorsque leur intensité dépasse un certain degré, et de ne pouvoir être exécutées que par des excitants assez intenses. Le seuil de la douleur est plus élevé que celui de tous les autres sens cutanés. Les auteurs ont tiré un parti très intéressant de l’étude des anesthésies (le chap. vi : Dissociations-Analgésies est, avec le chapitre v : Organes périphériques de la douleur, un des mieux faits et un des plus intéressants de l’ouvrage), qui leur permet de démontrer l’existence de nerfs spéciaux pour la transmission des impressions douloureuses. C’est ainsi que le menthol est un excitant des nerfs du chaud et du froid et un déprimant pour les nerfs de la sensibilité tactile et dolorifique. De même l’anesthésie générale par le chloroforme montre l’existence de centres spéciaux pour la douleur, car l’intoxication n’atteint d’abord que les centres, et, de toutes les sensibilités, la sensibilité à la douleur est la première à disparaître. Enfin cette existence de centres de la douleur est encore confirmée par une très judicieuse remarque des auteurs, relative à l’asymétrie dolorifique (p. 61 et sqq., 101 et sqq.). Pour tous les ordres de sensations on trouve une asymétrie sensorielle de même sens pour un même sujet et représentée par le rapport 9 : 10. Pour les droitiers la sensibilité la plus grande est à droite. Pour l’asymétrie dolorifique le rapport est le même que pour les autres sens, mais le côté le plus sensible est toujours le côté gauche, que l’on expérimente sur des droitiers ou sur les gauchers. Les auteurs en concluent que la perception de la douleur se fait par des centres distincts que l’on a bien des raisons de supposer uni-latéraux, sinon anatomiquement du moins au point de vue fonctionnel.

Pour expliquer la douleur, un des auteurs, Mlle Ioteyko, a émis une hypothèse extrêmement intéressante (ch. vii : Classification et mécanisme intime des excitations douloureuses. Une théorie toxique de la douleur). La douleur serait d’origine chimique. « La douleur est due à une intoxication des terminaisons nerveuses dolorifiques. L’excitant de la douleur est constitué par des substances alyogènes, nées au moment de l’excitation forte » (p. 191) Cette explication concorde parfaitement avec la conception que l’on tend à se faire actuellement du mécanisme de l’excitation en général (gustation, olfaction, rôle du pourpre rétinien dans la vision, etc.). Le temps de la réaction dolorifique, considérable par rapport à celui des autres sensations, s’expliquerait par la durée indispensable à la transformation chimique nécessaire (de même pour la vue, le temps de per-