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Enfin, vous croyez qu’il y a des relations immuables entre éléments simples : la constance dans le simple nous échappe absolument ; pour le savant d’aujourd’hui l’atome est tout un système ; ce sont les ensembles complexes qui offrent des lois. Par là c’est votre thèse fondamentale, votre postulat, qui est infirmé.

M. Séailles, qui a connu M. Maugé comme étudiant, loue sa sincérité, son originalité, son audace spéculative. Mais il reprend les reproches faits par M. Boutroux : ambition excessive du sujet, définition a priori de l’idéal scientifique. M. Maugé veut que la logique, loin de naitre des méthodes scientifiques, les domine et les précède, mais il la fait sortir d’états subjectifs émotionnels, et c’est en partant de ce point de vue subjectif qu’il veut résoudre le problème de la Critique de la Raison pure !

Pour M. Maugé, le point de départ est le besoin de substituer à une sensation pénible une sensation agréable. Mais comme il n’est pas dans un état de candeur paradisiaque, il réintroduit le principe d’identité, détermine par une foule d’implications ce besoin primitivement vide. Pour lui le désir contient les principes de causalité, de finalité ; l’animal satisfait ses besoins sans faire la science, en limitant le monde à ses besoins, « un système de corrélations est la première expression subjective de l’idéal scientifique ». Tout cela vient de la fausse ignorance du philosophe ; le postulat du désir contient tout ce que M. Maugé sait de la nature ; la déduction est tout artificielle ; le besoin n’implique tout cela que pour le philosophe qui sait déjà.

M. Maugé. Peu importe la façon dont ce besoin a été préparé par l’expérience séculaire.

M. Séailles. Vous ramenez tout à un sentiment purement subjectif d’assurance : mais l’accord des hommes suppose l’objectivité. Puis, partant d’un besoin subjectif, comment pouvez-vous parler de rationalisme, stigmatiser la « science sans idéal » et « vouloir construire les cadres










d’une nature intelligible » ? C’est passer d’une conception utilitaire ou pragmatiste tl à la conception la plus haute et la plus dé— i p sintéressée, où la science apparaît comme si un luxe, le résultat d’un loisir » (Â.ristote). d d La science se fait en vue d’une p utilité mais la causc finit par être le e : moyen dégagé de l’intérêt personnel. La tï vérité doit être satisfaite dans i’espê— tt rience ainsi se justifie te mot de ratio— p ; nalisme, de même que par l’idée d’orga— él nisation systématique. cî M. Sêailies. Tout rationalisme est forme ! ̃ M sans une vérité qui aurait un prix en soi. Votre idée d’une « intuition abstraite ». est bizarre, psychologiquement insoutenable toute intuition est immédiate, inanalysabie, une » intuition abstraite, `y n’est possible que par une idée générale qui la détermine votre expression contient une contradiction in adjecto. ï, eS savants, en général, ne partent pas d’une intuition abstraite, mais suivent la méthode justement contraire. S’il v c quelques exemples favorables à il, MaugèV pourquoi cette généralisation clèoîesurêeî M, Maugé se défend d’avoir voulu exposer la méthode objectivement suivie par les savants. La science n’a pas pratiqué sa : méthode. M. Sémites. Parce qu’elle n’est pas praticable Vous dites due la science s’efforce d’isoler une substance matérielle pour déterminer une échelle de contingences vérifiables : ceci supposé toute une meta-’physique atomiste. M. Dumas critique l’information de M. Maugé il s’est servi de— manuels qui présentent les erreurs comme définitives. Tous vos exemples sont discutables ainsi vos exemples d’abstractions matérielles (sécrétion tn vitro la sécrétion réelle ; dépend d’images mentales). M. Maugé. L’exemple est éclairant par son imperfection même : la biologie ne comporte pas la perfection de la méthode assignée par mot ; l’idéal scientifique n’est’" pas toujours bien réalisé. M. Dumas. Vous ne savez ce que C’est qu’un fait ; on ne devrait pas pouvoir faire de méthodologie sans passer aulaboratoire. Vous adoptez tranquillement des théories désuètes, celle de l’anastomose, celle des circonvolutions de Broca ; vous. ne savez ce que c’est qu’une expérience psychophysique. Vous citez de seconde main, sans recourir aux sources, vous ignorez les éléments. Ce sont là des objections de faits, donc irréfutables. II. La systématisation dans les sciences ; ses conditions et ses principes. M. Mangé. Le rationalisme est une hypothèse méthodologique ; la logique n’est pas immuable, elle est fonction de l’idéal scientifique, elle détermine les cadres^ ! dans lesquels doit s’insêre-r la nature pour être objet de science. La méthode expérimentale est une méthode â’abslractioii matérielle qui écarte les causes perturbatrices. Le principe de déduction n’est pas un concept, mais une relation entre éléments individuels abstraits. L’intuition cartésienne est’intellectuelle ;, celle de ai., Maugé est l’impression faite sur la