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prétendu choix des racines s’explique aisément par les propriétés osmotiques des cellules vivantes. L’absorption, la circulation, l’émission de liquides, la transpiration sont des mécanismes automatiques. Le cas de la transpiration est un exemple des erreurs auxquelles on s’expose en se laissant guider par des considérations finalistes. On a longtemps cru à son utilité, parce qu’elle provoque mécaniquement l’ascension de la sève brute. En y regardant de plus près, on s’aperçoit qu’elle n’est qu’un mal inévitable. Elle est corrélative de la présence des stomates, qui sont les portes d’entrée du gaz carbonique, et sans lesquelles l’assimilation chlorophyllienne serait impossible. La transpiration, en elle-même, est inutile, sinon nuisible ; mais elle est la conséquence forcée des échanges gazeux de l’assimilation, car celle-ci n’est possible que dans des conditions qui rendent la transpiration inévitable. D’ailleurs, le remède ici accompagne automatiquement l’effet nuisible. La transpiration tend à dessécher la plante ; mais en concentrant le suc cellulaire, elle augmente le pouvoir osmotique et détermine ainsi un appel d’eau qui est la cause principale de la circulation.

Les lois, relativement simples, de l’osmose suffisent à satisfaire les besoins très divers de la vie végétale, grâce aux degrés divers de perméabilité des cellules, qui sont tantôt perméables, tantôt semi-perméables. La combinaison de ces degrés de perméabilité réalise des mécanismes infiniment délicats qui répondent aux multiples conditions nécessaires aux échanges. Elle est elle-même un résultat de l’adaptation. Un déterminisme physique rigoureux domine, par conséquent, les fonctions de la plante et permet seul d’en comprendre les mécanismes variés. Mais la différenciation des moyens dont dispose ainsi la vie végétale, et qui permet aux lois de l’osmose de faire leur office, est un fait d’une autre nature. C’est sans doute un grand progrès d’avoir éliminé la finalité des explications proprement physiologiques. Qu’on ne s’y trompe pas, toutefois. Dans l’idée d’adaptation, le principe de finalité se retrouve tout entier.

Syndicalism and Philosophical Realism. par J. W. Scott, 1 vol. in-8 de 215 p., Londres, A. and C. Black, 1919. — Ce livre marque un effort intéressant pour relever ce qu’il y a de commun dans les tendances d’où procèdent le syndicalisme révolutionnaire et le réalisme philosophique contemporain.

Tout d’abord le syndicalisme est l’expression d’une faillite ou pour le moins d’une abdication. Il ne s’agit plus pour ses adeptes, comme pour les socialistes de l’époque antérieure, de réaliser un ordre présentant une valeur spirituelle. Les biens auxquels ils aspirent ne sont plus de ceux qui se répandent sans se diviser et qui agissent sans qu’il soit besoin de les dépenser (p. 29) ; ce sont des biens tout matériels et essentiellement divisibles au contraire : les syndicalistes ont perdu la foi en la possibilité d’un bien universel auquel la communauté tout entière participerait. D’un mot le syndicalisme n’est pas une politique, il implique la renonciation à l’idéal politique. En prêchant la violence, avec Georges Sorel, le syndicalisme a rétabli ce qu’on pourrait appeler le primat de l’immédiat, de l’impulsion pure par opposition aux droits de la pensée constructrice qui prévoit et s’assigne à elle-même des fins clairement conçues. M. Scott prétend à tort ou à raison trouver chez M. Bergson une sorte de justification philosophique de cette attitude. Le moi bergsonien est d’après lui un moi infra-intellectuel ; c’est un donné pur sur lequel s’entassent les superstructures de la pensée, mais que nous sommes conviés à retrouver sous ce monceau adventice. « Que ce qui n’est pas rationnellement construit nous suffise » : telle est l’injonction que nous adresse le bergsonisme philosophie de la détente et du laisser-aller. Cependant n’est-il pas souvent question chez l’auteur de l’évolution créatrice d’effort, de torsion sur soi ? Mais cet effort, dit M. Scott, est du type de celui que nous constatons chez les grévistes d’aujourd’hui : c’est un effort pour défaire ou encore « une paresse active » (p. 152). Car toute action positive implique une synthèse, une organisation qui relève en principe de l’intelligence et non de l’intuition. — On trouve, d’autre part, chez Russell comme chez Meinong, d’autres motifs qui se traduisent également dans la « réalité syndicaliste ». Pour Russell, la tendance est à la base de notre activité bien plutôt que le désir (p. 190). » C’est-à-dire qu’il est pluraliste dans l’ordre psychologique comme dans les autres. Il s’agit par suite à ses yeux de disloquer autant que possible l’unité sociale actuelle, qui n’est qu’un tout factice, et de lui substituer de petites communautés réelles aussi extérieures les unes aux autres que les atomes logiques, que le jugement relie les uns aux autres.

M. Scott indique tout ce qui dans cette