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A. Visser, Omtrekken-Haarlem, 1920, H. D. Tjeenk Willink et Zoon, 1 vol. in-8, iv-235 p. — L’auteur a voulu seulement tracer le plan d’une psychologie des collectivités visant à coordonner les faits déjà connus.

Dans un chapitre d’introduction, il établit en premier lieu la possibilité et l’utilité de cette coordination : un paragraphe traite ensuite de la méthode à suivre, après quoi le problème est posé : il s’agit de parvenir à la connaissance scientifique des phénomènes ayant leur origine dans une âme collective et la formant.

Dans les deux chapitres qui suivent, l’auteur étudie d’abord les diverses sortes de collectivités qu’il distingue suivant leur degré de culture, leur durée, le nombre des personnes associées, leur homogénéité plus ou moins grande, etc. ; puis il s’applique à déterminer les caractères principaux des faits de psychologie collective. Si l’on s’en tenait là, ajoute-t-il, l’œuvre resterait incomplète : à une psychologie collective générale doit succéder une étude spéciale dans laquelle on cherchera à différencier psychologiquement les collectivités les unes des autres ; à une psychologie systématique, d’autre part, il faut joindre une psychologie génétique, et c’est, en effet, de la genèse des faits psychiques propres aux collectivités qu’il s’agit dans le quatrième et dernier chapitre.

L’auteur met à profit les écrits d’un grand nombre de savants français, anglais, allemands. Parmi les noms le plus souvent cités, nous relevons ceux de Tarde, Le Bon, Sighèle, Giddings, Wundt. Le dernier chapitre est presque en entier un examen critique de la Völkerpsychologie de Wundt. Le langage est clair et suffisamment précis ; les opinions se recommandent par leur prudente modération. Conformément au désir de M. Visser, son livre renseigne le lecteur sur les problèmes qui se posent, et les opinions en présence plutôt qu’il ne leur propose des vues nouvelles. Nous serions tentés de lui reprocher de rester un peu trop à la surface des sujets qu’il traite. Etudiant, par exemple, les ressorts de l’âme collective, il parle des intérêts, des croyances, des passions ; après quoi il ajoute qu’on doit tenir compte aussi des illusions, et il développe en trois ou quatre pages cette idée que les illusions collectives ont une importance capitale. Et sans doute il fait observer qu’à la rigueur les illusions peuvent être considérées comme des croyances d’une certaine sorte, mais il ne cherche pas à démêler les rapports pouvant exister entre les illusions d’une part, les intérêts et les passions de l’autre. C’est une analyse un peu sommaire.

NÉCROLOGIE

W. Wundt

Le philosophe allemand. Wilhelm Wundt, vient de s’éteindre à Leipzig, à l’âge de quatre-vingt-neuf ans. Cette mort a éveillé dans le monde savant d’unanimes regrets.

Comme beaucoup des plus éminents penseurs de son temps, Wundt a été amené par la science à la philosophie. Il étudia d’abord la médecine et la physiologie, fut pendant plusieurs années l’« assistant » de Helmholtz dans son laboratoire de physiologie, et remplaça en 1874 Fr. Alb. Lange dans sa chaire de philosophie inductive, à l’Université de Zurich. C’est en 1875 qu’il fut appelé à la chaire de philosophie de Leipzig, qu’il devait illustrer pendant près d’un demi-siècle. À Leipzig, il ne tarda pas à fonder le laboratoire célèbre de psychologie expérimentale, le premier qui ait été adjoint à une université, où devaient se former, sous sa direction, nombre de maîtres et de praticiens. L’exemple qu’il donna fut fécond. Les laboratoires de psychologie expérimentale ne tardèrent pas à essaimer, en Allemagne d’abord, en Belgique, en Hollande, aux Etats-Unis, en France enfin avec un développement trop restreint. Tous ces laboratoires, dans leur outillage et dans leur méthode, se sont longuement inspirés du modèle créé par Wundt, et la plupart de leurs fondateurs ont été les élèves directs du maître de Leipzig.

Quand Wundt créa son laboratoire, il avait écrit déjà les Grundzüge der phisiologischen Psychologie (1873-1874), qu’il a remaniés et enrichis en six éditions successives qui ont été traduites dans toutes les langues savantes. Une fois maître de sa méthode et de ses idées sur ce domaine, il ne cessa, d’élargir le champ de sa vive et libérale curiosité. À la manière allemande, il enseigna tour à tour à Leipzig, en quelques semestres, tout le contenu classique des sciences philosophiques. Au point de vue oratoire, cet enseignement manquait totalement d’éclat, mais la matière en devenait plus riche d’année en année. Au terme de sa carrière, Wundt avait exploré tout le cycle des disciplines philosophiques ; il écrivait tour à tour une Logique (1880-83), une Éthique (1886), enfin un Système de philosophie (1889), dont le titre énonce exactement le caractère d’organisation générale