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REVUE DE MÉTAPHYSIQUE ET DE MORALE


SUPPLÉMENT
Ce supplément ne doit pas être détaché pour la reliure.
(N° DE JANVIER 1912)



LIVRES NOUVEAUX

Études de Morale, par F. Rauh, professeur adjoint à la Sorbonne, recueillies et publiées par H. Daudin, G. Davy, H. Franck, R. Hertz, R. Hubert, J. Laporte, R. Le Senne, H. Wallon ; 1 vol. in-8 de xxv-505 p. Paris, Alcan, 1911. — Plusieurs élèves de Rauh nous donnent la rédaction, partiellement revue par Rauh lui-même, de quatre cours professés à la Sorbonne et à l’École normale postérieurement à la publication de l’Expérience morale. La reconstitution de ces leçons semble parfaite : tous ceux qui sont familiers avec la manière de Rauh reconnaîtront le style primesautier de son enseignement oral, ces juxtapositions de phrases brèves dont chacune exprime un point de vue distinct du précédent, cette discontinuité qui témoignait de la fécondité même du penseur, d’un jaillissement si riche d’idées cette haute probité de la pensée. Nous nous trouvons vraiment en présence d’un ouvrage de Rauh, ouvrage qu’il eût sans doute poli et remanié s’il lui avait été donné de le publier lui-même, qui eût littérairement peut-être gagné à cette révision, mais qui, sous une forme plus surveillée, ne nous ferait probablement pas mieux connaître la pensée de l’auteur. Pour tous les amis de Rauh c’est un devoir de remercier et de féliciter ceux qui ont pieusement sauvé ces pages de l’oubli.

Il ne peut être question d’exposer ici tout un ensemble de vues qui ont été d’ailleurs maintes fois exprimées par Rauh, d’abord dans son Expérience morale, puis dans divers articles publiés ici même et dans nombre de discussions de la Société de Philosophie (Cf. surtout Bulletin de janvier 1904, de mai 1906 et de mai 1908). Bornons-nous à indiquer sommairement le contenu du nouveau volume auquel la Revue compte d’ailleurs consacrer une étude critique.

Une leçon d’ouverture professée à la Sorbonne en 1904 sert d’avant-propos. Rauh s’efforce de définir le rôle actuel de la philosophie et ce rôle apparaît surtout négatif : « C’est à la philosophie de démolir les catégories philosophiques, partout où l’on s’en sert pour remplacer l’idée expérimentale ;… le philosophe doit se poster à l’entrée de chaque science, pour libérer l’idée scientifique en chassant les notions a priori. Quant au rôle positif de la philosophie, il se borne tout au plus à déterminer, moyennant réserves, quelques « harmonies » fondamentales (par exemple, entre les diverses sortes de certitudes, entre le bonheur et l’activité), dans la mesure où, dès maintenant par delà le détail de la technique expérimentale, il est possible de les entrevoir » (p. 3). Programme, on le voit, à la fois modeste et vague d’un philosophe en défiance perpétuelle à l’égard de la philosophie. Il dira de même plus loin (p. 261) : « Mais pourquoi donc alors, moi philosophe, traiter de ces questions où la philosophie n’a rien à faire ? C’est que les philosophes seuls, peut-être, sont capables de ne point philosopher en ces matières. »

Le premier des cours publiés est une Critique des théories morales. C’est à notre sens la meilleure partie de l’ouvrage. Les remarques profondes sur tous les grands systèmes de morale y abondent. Certains examens de doctrines sont à peine esquissés, d’autres sont plus minutieux, mais toutes ces critiques ont une force de destruction singulière ; les édifices péniblement élevés, auxquels l’habileté de l’architecte avait donné une apparence de solidité éternelle, se disloquent : il apparaît que le rôle des systèmes, selon le mot d’Anatole France, est de « jeter les