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– 28 – entre pragmatisme et intellectualisme, lui qui définit la raison une préférence définitive ». Il n’eût pas manqué, ici même, d’expliquer ses Hièories, en fonction des "vôtres. Je bornerai mon ambition à vous demander de préciser votre pensée, brillante, mais souvent obscure. Il faut bien que je présente une objection préalable sur votre méthode. Rauh l’indiquait >̃• La thèse de M. Pradines présente l’aspect de ces grandes thèses de jadis. M. Pradines pense trop par masses et par ensembles. » Le fait est qu’on s’impose d’ordinaire, aujourd’hui, une certaine discipline, on se fixe certaines limites, on prend certaines précautions dont vous ne vous êtes guère soucié. Parce que vous pensez par ensembles, il vous arrive trop souvent de lancer des thèses dont on se demande non pas seulement « Qu’est-ce que cela prouve? » Mais «.Comment cela pourrait-il se prouver? » Ainsi l’on rencontre chez vous des formules équivoques, l’affirmation que l’action cesserait d’être une action par cela seul qu’elle subirait une règle, des interprétations arbitraires le « détour de Spinoza pour justifier les joies corporelles ). Mais de pareilles critiques, portantsor la manière même dont vous avez conçu votre travail seraient trop faciles, et. d’ailleurs stériles. Je renonce à vous couper les ailes; je préfère accepter vos postulats, jouir do: votre ingéniosité, signaler quelques-unes des belles pages de votre ouvrage ou des idées originales p. 12î, sur l’animal et l’homme; sur les deux formes de rédemption, Jésus et Prométhée, Ys.s aperçus sont suggestifs ainsi justification du jésuitisme. M. /’radines. – Justification est inexact. M. Bougie.– Votre construction nous fait donc réfléchir, quoique un peu obscure. Pour l’éclairer il faudrait des exemples. I! y en a peu dans votre thèse. Un pourtant, quand vous vous référez aux Essais optimistes de Metcnniitoiï avouez que cet effort pour réduire la morale à l’hygiène fournit en morale Un résultat assez maigre. Est-ce pour aboutir là que vous proctatnsK l’erreur morale universelle? M. Prmlineg, – Permettez-moi d’abord de me justifier en général; Vous me reprochez de résoudre un problème qui ne vous intéresse pas. M. Bougie. – Non. M. Pradines. Vous avez dit que ma. thèse estyieiliote! M. Bougie. •– La méthode! Mais je Vous demanderai d’abord de répondre sur le point précis. M. PmClines. – Ce que j’ai vu dans Metchnikoff ce n’est pas un exemple au de pragmatisme rationnel dont l’idée essentielle est que la raison sort de Faction et l’exprime. ` La partie positive du livre est une conséquence de la partie critique. Elle contient une théorie de la liberté et une théorie du bien. Les pragmatistes opposent « liberté et. • raison » pour moi la liùértê est la pensée même, et le bien ne s’en distingue pas il est la liberté bien employée penser n’équivaut-il pas à bien penser si, par suite de la genèse même de la pensée, là norme de. l’action se retrouve au fond de la pensée? Le bien d’autre part est ce qui est approprié à sa fin ». L’antinomie entre les fins sensibles et rationnelles – antinomie dont vivent les systèmes s’évanouit, puisque la conception des choses est le résultat d.e notre action, et que la rationalité, hypostasiée par les moralistes, apparait non comme une chose, mais comme un artifice, un ii instrument de l’action. Il n’existe donc pas de fins rationnelles distinctes le rôle de la raison consiste à faire l’accord des fins sensibles. En résumé j’ai cru voir nailre des profondeurs irrationnelles de l’activité l’arbre de l’action, dont l’êpanouisâement ultimeest la raison celle-ci ne se détache des fins sensibles que pour les mieux unir. Déterminer ia genèse de la raison, montrer dans les traditions morales les produits de son travail, lui rendre ainsi la place éminente que lui refusent les: pragmatistes, tel a été le triple but de mes efforts. Ma critique de l’action a donc des analogies avec la critique instituée par Kant de la nature et de la portée de la raison; on me pardonnera cette comparaison, car la lutte philosophique actuelle offre beaucoup d’analogie avec celle qui se livrait vers 1770 contre le rationalisme officiel s’insurgent les prsgmatistes, de même qu’au siècle de Kant les empiristes donnaient l’assaut â la -citadelle wolffienne. M. Séailles lit des extraits du rapport que M. Rauh avait présenté sur la thèse de M. Pradines « M. Pradines présente le premier essai de pragmatisme systématisé. 11 croit sans doute que la science et la raison ont pour but la pratique. Le monde connu est intelligible et le monde intelligible c’est celui sur lequel agît l’homme. M. Pradines est pragmatiste intellectualiste. Son défaut est d’ailleurs de penser trop par masses. Mais il s’impose aux philosophes. » M. Bougie. Votre thèse devait surtout plaire à M. Rauh par certains caractères. Lui aussi cherchait une conciliation