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ment senti la beauté de laforme dans ces écrits, il sembïéqu’il en ait été enchanté, sans que son enthousiasme lui ait fait perdre de sa lucidité par exemple il a noté avec justesse (p. 8) que le pragmatisme de M. Bergson n’est qu’un élément partiel, et non le principal, de sa philosophie, et que même, en un sens, Bergson est exactement aux antipodes du pragmatisme (p. 21, note); que sa méthode, comme celles de MM. W. James et F. C. Schiller, tend à retrouver le sens commun » dans t’intuition, etc. – Steenbergen a un très louable souci d’exactitude la difficulté de donner une traduction adéquate du terme durée en allemand (le mot Douer s’applique à l’être permanent et immuable, non à la « durée réelle de Bergson) l’a amené, au iieud’en donnerdes équivalents,, à en préciser très consciencieusement le sens (p. 32). Tels sont

les honnêtes mérites de ce livre il n’en a point d’autres. L’occasion eût été belle de tracer l’histoire de cette philosophie nouvelle, d’indiquer son influence si variée en voyant M. Steenbergen citer dans sa Bibliographie (p. 4) le curieux article que le célèbre Tyrrell consacra en janvier 1908 à 1’ Evolution créatrice », dans le iïibbe’rt Journal, nous eûmes l’espérance déçue de voir indiquer l’utilisation moderniste de la philosophie bergsoniënne d’une manière un peu précise H. Steenbergen a consacré à cette question quatre lignes de la page 05. Ses remarques critiques (p. 92-1 -10) sont vagues, impersonnelles et timides. Elles n’ajoutent rien à la valeur d’un exposé objectif et calme. Le livre de M. Steenbergen est surtout un intéressantsymptôme de l’influence pénétrante qu’exerce la philosophie de M. Bergson l’intellectualisme, allemand, qui se rebuta à l’humour un peu brutal de James, se laisse enchanter par les séductions infiniment variées de cette philosophie qui, dit M. Steenbergen (p. 110), « ne verrouille pas la porte de l’avenir, qui l’ouvre toute large et nous montre une infinie variété de voies, de fins et de possibilités pour la métaphysique, cette « expérience intégrale ». Des profondeurs de la vie le divin esprit crée des miracles toujours nouveaux, et le fleuve du temps nous emmène en un courant puissant et sans fin vers un avenir inconnu. Et le livre de ce néophyte se clôt sur cet hymne où il chante l’ivresse du vin nouveau que lui fit boire l’enchanteur dans une coupe d’or. Précis de Psychologie, par William James, traduit par E. Baudin et G. Berthiee, 1 vol. in-8 de xxxn-63i p. Paris, Rivière, 1909. L’auteur et l’ouvrage sont connus. II faut savoir gré à MM. Baudin et Bertier d’avoir entrepris la lourde et très utile tâchede mettre cet excellent manuel à la portée de nos étudiants. Cette tâche avait tenté déjà plus d’un philosophe, notamment un jeune professeur qui est mort députe il y a peu d’années, et qui avait, croyons-nous, achevé! une traduction, sans doute perdue aujourd’hui. Celle qui nous est offerte est agréable à lire et nous semble très fidèle à la pensée, sinon à la lettre du texte anglais. "W.. Jame& n’aime pas être traduit littéralement; luimême conseille à ses traducteurs de réécrire l’ouvrage en français et M. Abauzit nous a déjà montré que ce travail est possible, sinon aisé. MM. Baudin et Bertier paraissent avoir également réussi. Une préface de M. Baudin fait connaître au publie français les tendances principales de la psychologie de W. James. Cette préface n’apprend rien à quiconque peut feuilleter les Principles of Psychology. Elle met bien en lumière l’originalité de la méthode, le mérite propre de James qui est de faire de la psychologie tout simplement, non de la philosophie, non de la physiologie, non de la psycho-chimie. Elle ne montre peut-être pas assez combien ce seul parti-pris de rester fidèle au témoignage de la conscience, à 1’ « expérience pure », détruit de faux problèmes et ruine de théories traditionnelles. God -with us, a study in religious idealunt, by W. R. Bqtcb Gieson. t vol. petit in-S° de xix-229 pp., Londres, Black, 1909. – M. B. Gibson, qui déjà s’était attaché, dans un autre ouvrage, à faire connaître au public anglais et a développer pour son propre compte la philosophie de R. Eueken, qu’il considère comme la position dogmatique la plus appropriée aux exigences de l’esprit moderne.: nous montre dans le présent livre ce qu’il entend par l’épanouissement de la vie spirituelle auquel Eueken convie les hommes de notre temps. M. Gibson incline délibérément la doctrine en un sens religieux. La solution de tout problême métaphysique se ramène à la conciliation de deux points de vue, te point de vue de la Nature et celui de l’Esprit mais cela ne va pas sans un effort, il ne suffit pas de reconnaître l’existence d’une vie spirituelle indépendante comme telle, il est impossible de la comprendre si l’on n’en fait. pas sa propre vie; car tant que ton cherche sans s’efforcer de réaliser ce que l’on cherche, on ne le trouve pas. Les religions avaient donné une solution au problème de la vie en instaurant un règne de l’Invisible’au-dessus de l’homme. Mais le naturalisme progressivement restreint leur champ d’influence. D’autre part les.