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li gne idéale » Mme Zitron a précieusement recueilli quelques lignes d’un parallèle de Hôffding entre Nietsche et Guyau, où il est dit que leurs œuvres sont à la frontière de la poésie, que la passion qui domine chez eux, si elle a nui à la clarté et à la conséquence de la recherche, a profité à leur activité de littérateurs et d’« agitateurs > etc. Pour que le parallèle soit tout à fait exact, il faut qu’aux trois <̃̃ périodes en lesquelles .on divise, à tort ou à raison, la carrière philosophique de Nieztsche. correspondent aussi trois périodes dans celle de Guyau la première qui est romantique, et à laquelle il serait revenu après une période intermédiaire que caractérise l’effort de pensée positive, la recherche de critères positifs, de pensée rigoureuse. Est-il besoin de dire que cette construction est fausse? Quand Guyau a-t-il renoncé à la « pensée positive » et comment prétendre que c’est alors seulement que la personnalité de Guyau se serait révélée dans sa nature essentielle, comme si cette personnalité avait jamais été contrariée ou étouffée par cette soif d’intelligibilité qui, précisément, la constitue? Si Mme Zitron, malgré une étude consciencieuse et surtout un effort de sympathie dont il faut lui être reconnaissant, a échoué dans la tâche de faire connaître Guyau aux Allemands, il faut en rendre responsable une méthode surannée qui applique à la pensée des grands philosophes de vaines étiquettes et croit

donner la vie à l’histoire, en entrechoquant bruyamment des dénominations vides. Henri Bergsons intuitive Philosophie, par ALBERT Steetsbergbn, 1 vol ïn-S° de HO p. lêna, Diederichs, 19Û&. – La maison Diederichs, d’Iéjia, que W. Ludwig Stein nous présente comme consacrant ses ressources à la renaissance d’une philosophie romantique, avait publié des traductions allemandes de plusieurs ouvrages et articles de M. Bergson. Par le livre qui parait aujourd’hui on pourra juger de l’influence que la philosophie de ce dernier exerce en Allemagne. M. Steenbergen expose, dans un style clair et net, avec beaucoup de méthode et très exactement, la métaphysique de M. Bergson. Il a lu tout ce que M. Bergson a écrit, livres, articles, communications, réponses et rectifications dans la Revue de Métaphysique et ailleurs, et encore les travaux des élèves de M. Bergson, MM. Luquet, Le Roy, Wilbois; il est très bien informé du mouvement philosophique français, et son petit livre est une bonne introduction, qui sera utile en Allemagne et peut-être même en France, aux écrits du philosophe qu’il étudie. Il a parfaitequences tant pour la masse que pour l’élite. Mais en attendant une chose est certaine, c’est que l’organisation capitaliste actuelle refuse à nombre d’individus ce minimum de possibilités qu’on est en droit de réclamer, au degré de culture où nous en sommes, pour toute personne humaine. C’est pourquoi l’auteur souscrit finalement à une politique radicale » – l’égalité devant l’instruction, la justice dans l’impôt qui devrait travailler à concilier l’aspiration libérale et les revendicattons socialistes. Quoi qu’il en soit de ces tendances pratiques – intéressantes par les lumières qu’elles projettent sur l’effort actuel du libéralisme allemand, l’ouvrage de M. Hammacher constitue, pour quiconque veut étudier Te. marxisme et ses interprétations diverses, un précieux répertoire. Jean Marie Guyaus Moral-und Religions-philosophie, par Mme Elisabeth

Zithon, Dr phiF. (Berner Studien zur Philosophie und ihrer Geschiehte, vol. XXVI), 1 vol. in-8" de 82 -pages, Berne, Scheitlin, ̃1908. La pensée de Guyau est une des plus .claires, comme son style l’un des plus lucides. Sa philosophie est profonde autant qu’elle est simple; elle n’offre pas de mystères à éclaircir; elle ne comporte pas d’exégèse. D’autre part le beau livre de M. Fouillée sur ’la morale, l’art et la religion d’après Guyau », nous donne tout ce qui est nécessaire ou utile à l’intelligence de Guyau. Mme Zitron connaît ce livre, puisqu’elle le cite entre beaucoup d’autres; il est étonnant que cela ne l’ait pas découragée d’écrire sur Guyau. Dans l’ensemble, son étude est consciencieuse et reproduit correctement les théories qu’elle expose il y aurait pourtant fort à dire sur les « conflits intérieurs » qu’elle relève dans la morale de Guyau (p. 45) conflit entre la métaphysique et les tendances positivistes, conflit entre le romantisme et le naturalisme, enfin entre F individualisme » et l’ « universalisme ».

Mme Zitron a été mal servie parla méthode .antithétique de son maître Ludwig Stein, système de composition artificiel et faux qui aboutit ici précisément à méconnaître la continuité et le caractère synthétique de la pensée de Guyau. Il faut que Guyau, « poète de l’idée de sensibilité », s’oppose symétriquement à Nietzsche, poète de la force (p. 2); il faut que tous deux sortent d’une source commune, le romantisme. Et il faut donc postuler chez Guyau la connaissance des romantiques allemands dont Guyau ne se souciait guère et qu’il ignorait tout à fait; il faut « tirer une ligne du romantisme à Guyau (p. 2), sans même avouer que cette ligne n’est qu’« une