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mais on retiendra du moins cette idée juste et non confessionnelle, de l’impossibilité de dissocier le droit de la morale en général.

George Sand mystique de la passion, de la politique et de l’art, par Ernest Seillière, 1 vol. in-16 de xiii-456 p., Paris, Alcan, 1920. – On connaît la thèse générale dont l’auteur de ce volume poursuit la démonstration. L’impérialisme, ou besoin d’accroître son être, est un sentiment généralisé dans les sociétés modernes ; il trouve son allié le plus efficace dans un certain mysticisme, c’est-à-dire dans la conviction qu’une communion avec certaines forces surnaturelles peut soutenir notre effort vital de conquête. L’histoire montre que cette conviction, salutaire si la raison la modère, dangereuse si elle se manifeste à l’état pur, est « le ressort habituel des grandes décisions qui ont orienté jusqu’ici la marche en avant de l’humanité supérieure. » George Sand est étudiée ici comme caractéristique de ce mysticisme pris à l’état pur et déréglé ; on en poursuit, par une analyse critique de sa vie et de ses œuvres, les trois manifestations essentielles : mysticisme passionnel, ou divinisation de l’érotisme ; mysticisme social, ou divinisation du peuple, qui succéda au précédent vers 1835 ; mysticisme esthétique, ou divinisation de l’artiste, qui prend la suite du mysticisme social à partir de 1848. À ces trois périodes succède celle où G. Sang recueillant et utilisant les enseignements de l’âge accorde une adhésion partielle à la morale rationnelle ; il en résulte un compromis assez faux pour faire tenir le rousseauisme dans le cadre des conventions bourgeoises traditionnelles. G. Sand est donc « un des plus complets théoriciens, un des plus souples théologiens du mysticisme rousseauiste, cette évidente religion de notre âge » ; en dépit de l’actuelle défaveur dont elle est victime, son importance historique et représentative est considérable.

L’évolution psychologique de la littérature en Angleterre, 1660-1914, par Louis Cazamian, 1 vol. in-16 de 268 p., Paris, Alcan, 1920. — Ayant, comme Taine et comme Brunetière, le besoin d’ordonner suivant des lignes claires notre passé moral, mais désireux de dépasser leurs tentatives, M. Cazamian unit l’étude sociale de l’histoire littéraire à l’étude psychologique des variations du goût et considère, dans une large mesure, l’état social comme le produit d’une âme qui se développe. Ce développement révèle des oscillations entre les deux pôles de la vie intérieure, entre la sensibilité et l’intelligence, un rythme moral aux prises avec un milieu humain et physique tour à tour hostile ou complice. Des circonstances historiques, des influences sociales d’ordre national et international, la mémoire collective, le souvenir subconscient y introduisent des irrégularités, des variations superficielles, jusqu’au moment où l’accélération des temps, l’implication des tendances rationnelles et émotives ; la confusion révèlent une maturité dont il est difficile de dire si elle trahit une usure des facultés de renouvellement appelant un vieillissement sans lendemain.

Appliquées à l’évolution de l’histoire littéraire anglaise, ces considérations, qui assimilent la psychologie des êtres, collectifs à la psychologie des individus, permettent d’isoler, à partir de l’âge d’Elisabeth et jusqu’à l’époque actuelle, la phase émotive qui se retrouve dans la Renaissance, de 1790 à 1830, de 1880 à 1914 ; la phase intellectuelle, qui se retrouve dé 1660 à 1790 et de 1830 à 1880. Elles permettent de marquer des transitions et d’établir une correspondance entre les déplacements du goût, le déclin progressif des milieux aristocratiques et l’avènement d’une bourgeoisie que l’ère victorieuse rend dominatrice.

Sachant d’ailleurs que, « malgré l’originalité morale de chaque peuple européen, les grandes phases de l’histoire littéraire de l’Europe occidentale présentent d’une nation à l’autre des analogies frappantes et paraissent obéir à une impulsion d’origine unique », M. Cazamian indique les liens de son ouvrage avec une littérature comparée et une étude de l’esprit européen.

L’importance même des problèmes soulevés de manière originale et neuve par M. Cazamian, la justesse et la finesse des aperçus rendent tout à fait remarquable ce travail, à qui l’étude respective de l’évolution plastique et de l’évolution philosophique de l’Europe depuis la Renaissance apporte une confirmation, en dégageant elle aussi le conflit de l’intelligence et de la sensibilité.

La Chimie et la Vie, par Georges Bohn et Anna Drzewina, 1 vol. in-12 de 275 p., avec figures, Paris, Ernest Flammarion, 1921. — Ce livre n’a pas pour but, comme son titre un peu vague pourrait le faire croire, de résumer les progrès de la chimie biologique et de dresser l’inventaire des composés organiques extraits du corps des animaux et des plantes. Bien qu’il débute par un rappel des notions usuelles de chimie biologique, son objet est beaucoup plus général et son intention plus philosophique. Il vise à mettre en lumière l’importance capitale des phénomènes chimiques en biologie, de montrer l’empire