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m’as vu.

Et Ismaël s’en alla. Une bouffée odoriférante, poussée par la brise, l’enveloppa doucement. Il se souvint de la lande et du temps où il était glaneur de myrrhe. Il se traînait vers les pâturages, et, de nouveau, il marchait dans la petite plante vert-de-grisâtre. Les chameaux, une jambe entravée, la posture gauche et avide, broutaient ; mais, à son approche, ils dressaient la tête et le regardaient, étonnés.

Il se dirigea vers l’aiguade où jadis il avait taillé des roseaux. Une femme, assise par terre, filait du testi. Elle était brune et laide. Ismaël, exténué, se laissa choir sur le sol. Elle se leva et se pencha vers lui.

— Je t’en prie, donne-moi à boire !

Elle emplit ses deux mains creusées et les lui tendit en souriant.

Alors il pleura.

Elle s’agenouilla à côté de lui et lui dit :

— Ô mon maitre !

— Tu me reconnais donc ?

— Comment ne te reconnaîtrais-je pas ? Ne t’ai-je pas attendu ?

— Tu m’as attendu, mais je suis venu trop tard.

Et la tête du pâtre se renversa dans la myrrhe…

Les roseaux autour de la fontaine vibraient comme sous le frôlement d’une âme mélodieuse, et des pâturages, ainsi que d’encensoirs innombrables, s’envolaient des vapeurs mystiques et des parfums funéraires.

MYRIAM HARRY