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quiné du sabre. Un voile de soie, retenu aux tempes, par une cordelière d’or, tombait en plis harmonieux sur la nuque et sur les épaules. Relevé sur la figure, ce voile découvrait, dans un teint d’ambre, des yeux cerclés d’antimoine, des yeux obscurs, profonds et striés parfois de paillettes fauves. À la mode des Yéménites, deux tresses tordues en cornes de bélier festonnaient son front large. Et, la tête, un peu inclinée, avec une feinte modestie, Amrani écoutait le conteur, qui narrait devant la tribu émerveillée l’expédition du jeune cavalier, l’attaque de la horde ennemie, la défense, la victoire, la prise des trophées — et, finalement, les présents offerts par l’émir de la caravane sainte à la bravoure des Djamala.

Au récit des exploits de son fils, la figure desséchée du vieux chef se colora de vie ; ses regards perçants s’aiguisaient comme des flèches et, dans ses mains osseuses et crochues, le bâton patriarcal tremblotait et pointillait le sable.

Ismaël était couché à l’écart entre deux sacs de froment. Personne ne fit attention à lui.

Vaguement il écoutait le chantre, qui célébrait les combats et les haines ; il songeait aux silences des landes, aux douceurs des repos sous la tente ; mais, peu à peu, une tristesse indéfinissable étreignait son cœur.

Il suivait du regard les spirales roussâtres qui s’élevaient du bûcher, répandant une odeur âcre de verdure brûlée. Et, à travers la rouille de cette fumée, le pâtre contemplait Nahima, assise en face de lui.

Elle ne le voyait pas, car ses prunelles se rivaient sur Amrani. Ses dents lui souriaient, à son insu, et le rythme précipité de son haleine soulevait sur son sein les colliers de perles et de coquillages…


Le lendemain, Ismaël rencontra Amrani. Le pâtre était vêtu de sa robe de toile et ceint d’une courroie où sonnaillaient, grossières pendeloques, son coutelas, son briquet et ses amulettes. Les vêtements de son frère sentaient le musc et le benjoin ; son manteau balayait la poussière, et une épée guillochée se balançait à son épaule.