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Page:Revue de Paris, 7è année, Tome 1, Jan-Fev 1900.djvu/835

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chaud on les aspergeait, le fiancé et les parents de la jeune fille s’embrassèrent.

Depuis lors, toutes les nuits, le glaneur de myrrhe, couché dans le sable près de la tente où respirait sa cousine, modulait son amour sur sa flûte. Nahima ne l’entendait pas, car elle dormait ; mais Nourr, éveillée à côté de sa maîtresse, écoutait et pleurait…


Un soir, Ismaël, revenant des pâturages, entendit un tumulte inaccoutumé.

Des enfants criaient, des meules broyaient, les chansons des femmes se confondaient avec les mugissements des chameaux saignés et les appels des moutons immolés. Des colonnes de fumée s’élevaient droites parmi le campement.

Des dromadaires étrangers, qui bramaient à leurs déchargeurs, barraient l’entrée, et, stupéfait, Ismaël constata le vide au seuil de la tente où, pour la première fois, son père ne le regardait pas venir.

Il s’informa.

— Es-tu donc le dernier à savoir que ton frère est de retour ?

— Mon frère ?… Et à qui toutes ces richesses ?

— Mais à lui !

— Et comment les aurait-il acquises ?

— Allah est grand !


Le soir, après le festin de bienvenue, toute la tribu s’assembla autour des feux de veillée.

Les femmes, reléguées au second rang, regardaient, par-dessus les épaules des hommes, le fils aîné du chef ; et il leur semblait n’avoir jamais vu nomade aussi beau, robes aussi riches.

Il était assis sur un harnais en peau de lynx, dont les longues franges de laine noire s’étendaient à ses pieds comme une chevelure traînant sur le sol. Ses vêtements clairs et légers enveloppaient mollement la sveltesse effeminée de ses membres : on ne voyait qu’une main, petite et nerveuse, posée impérieusement sur le pommeau damas