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VIII


les dernières années



Des mois, des années se passèrent, jetant leur cendre sur ces discordes. En 1841, Victor Hugo fut élu à l’Académie française ; on pouvait espérer qu’il allait en ouvrir la porte à tout le groupe romantique. Sainte-Beuve écrivait à madame Juste Olivier : « Il a toutes nos destinées académiques dans ses flancs. » Et, plus tard : « Hugo apporte comme candidats de sa prédilection et de sa charge quatre illustres : Alexandre Dumas, Balzac, Vigny ; je suis le quatrième, très indigne, et pourtant moins impossible, je crois, qu’aucun des trois autres. »

Le fauteuil académique devait être et était le rêve le plus choyé d’un homme tel que Sainte-Beuve : il sentait donc la nécessité de se rapprocher d’un électeur aussi influent que Victor Hugo. Il avait peut-être fait une assez longue pénitence. Il guetta, il saisit l’occasion de la réception du poète. Rien ne lui était plus facile que d’obtenir une entrée à cette réception, ne fût-ce qu’en s’adressant au secrétariat. Il demanda son billet à Victor Hugo lui-même :


Ce dimanche [fin mai 1841].

Ce n’est pas sans une grande hésitation que, vous sachant accablé comme vous devez l’être de demandes, je me décide à y venir ajouter la mienne. Il me serait pourtant très agréable de vous devoir mon billet d’entrée à votre réception. Dans mes sollicitations près de M. Lebrun, je n’en ai pas fait pour moi, me réservant de vous l’adresser. Ce que vous pourrez ou ne pourrez pas sera bien, car je ne doute pas que vous ne désiriez répondre favorablement à mon désir.

Mille souvenirs et hommages autour de vous.

Sainte-Beuve.
1 ter, rue Mont-Parnasse .

La longue rancune était un sentiment que ne connaissait pas Victor Hugo ; il regrettait toujours d’avoir été sévère, même quand il n’avait été que juste. Il acquiesça donc au désir de Sainte-Beuve qui lui écrivit pour le remercier :