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de croire qu’Adèle Hugo pouvait voir l’amour à travers doña Sol et Marion ; Catarina, dans Angelo, reste à la fois « fidèle à son amour et à son honneur, à son amant et à son mari ». L’amour sans la faute, Sainte-Beuve lui-même l’exprimait tel, non seulement dans Arthur en 1834, mais en 1834 dans Volupté. Ne le peignait-il pas d’après un modèle ? Notons que l’héroïne de volupté, madame de Couaën, a tous les traits de madame Victor Hugo ; brune comme elle ; comme elle, rêveuse, distraite, mystique, ingénue ; comme elle, la plus tendre mère. D’après Volupté, d’après les vers de Sainte-Beuve faits pour Adèle à cette époque, on peut, ce nous semble, se faire une idée de ce qu’étaient leurs rendez-vous, leurs entretiens, leurs promenades : secours apportés à des pauvres, visites aux églises, visites, à de certains jours, au cimetière. « Nous célébrerons ensemble les anniversaires de la mort de ma mère », dit madame de Couaën. Et, parlant de son mari : « Il a en vous une confiance parfaite et j’en ai une immense. » Il y a toute une conversation, qui est assurément un souvenir, et où l’on retrouve la candeur d’âme d’Adèle. Amaury dit à madame de Couaën que « les désirs diminuent et passent une fois qu’ils sont satisfaits » ; elle lui demande s’il ne pourrait pas « supposer à l’avance qu’ils sont satisfaits dès longtemps et garder tout de suite le simple et doux sentiment qui doit survivre ». Amaury est obligé de lui répondre en riant : « Est-ce donc qu’on peut supposer ces choses à volonté, enfant que vous êtes ! »

Mais, sans recourir à la fiction, Sainte-Beuve a dit lui-même, et cela dans son libelle, ce qu’a été la nature de leur amour :


Un pur et chaste amour où l’ange peut descendre.…
Qui ne veut et n’aura rien d’elle que son cœur.
......................................................................
Tu n’as jamais connu, dans nos troubles extrêmes.
Caresse ni discours qui n’ait tout respecté ;
Je n’ai jamais tiré de l’amour dont tu m’aimes
Ni vanité ni volupté.


***


Si l’on cherchait à quel moment précis placer la prétendue chute de madame Victor Hugo, on serait assez embarrassé de le trouver. On serait pourtant tenté de croire que ce pourrait être au commencement de 1833, mais il est aisé de démontrer qu’il n’en est rien. C’est en février de cette année-là, au cours des représentations de Lucrèce Borgia, que se produisit le grave incident que l’on sait : l’amour de Victor Hugo pour Juliette, après onze ans de fidélité conjugale. (Que le mari qui peut en compter douze lui jette la pre-