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LETTRES DE SAINTE-BEUVE


À


VICTOR HUGO


ET À


MADAME VICTOR HUGO[1]


RETROUVÉES ET PUBLIÉES


PAR


M. GUSTAVE SIMON

IV


le calvaire de sainte-beuve


C’était bien de l’amour ! Et cette découverte, à coup sûr, jeta Sainte-Beuve dans un trouble profond. Cette amie douce et sage, en qui naguère il avait trouvé sa consolatrice et sa conseillère, s’il l’aimait d’amour, est-ce que leurs relations n’en seraient pas du tout au tout changées ? est-ce qu’il ne la verrait pas avec d’autres yeux ? est-ce que ce charme apaisant n’aurait pas désormais un tout autre caractère et ne deviendrait pas un danger ? La bienheureuse année qui venait de s’écouler, est-ce qu’elle se renouvellerait pour lui ? Toutes ces questions, il se les posait sans doute avec une mortelle inquiétude. Oui, dans l’état d’esprit où il se complaisait alors, tout pénétré des idées morales, devoir, abnégation, vertu, si récemment échangées, nous croyons qu’en reconnaissant l’attrait et le péril jusque-là ignorés il n’éprouva qu’un sentiment de peine et d’angoisse ; nous croyons qu’il était maintenant une conscience, qu’il était digne de souffrir.

Ce ne sont pas là des conjectures de fantaisie. Tant qu’on n’avait

  1. Voir la Revue du 15 décembre 1904.