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pour leur éviter l’obligation de se transporter rapidement d'un point à un autre et de renforcer tel ou tel endroit de la ligne de combat. Pendant toute la bataille de Chiouchanpou, le général Okou, chef de la deuxième armée, s’est tenu sur une hauteur située à huit kilomètres de la ligne de combat. Le seul ordre qu’il ait donné à ses divisionnaires est : « Attaquez. » Il n’avait conservé à sa disposition aucune réserve pour amener le résultat décisif. Ce résultat a été amené par la pression générale et égale sur toute la ligne, qu’exécutèrent des troupes pourtant fort éprouvées : les 3e et 5e divisions en effet n’avaient pas perdu moins de trois mille hommes pendant l’attaque.

En ce qui concerne les formations employées pour la marche d’approche et l’attaque proprement dite, il est intéressant de constater que celles dont les Japonais se sont servis avec succès, coïncident presque exactement avec le dispositif conseillé par le général Kessler pour les terrains coupés. Si les Japonais ont pu arriver en force suffisante à distance d'assaut, c’est grâce à l’emploi qu’ils ont fait en toutes circonstances d’un couvert qui ne fait jamais défaut et que ne mentionne pourtant aucun des ouvrages tactiques : l’obscurité de la nuit.

Enfin les procédés japonais présentent un dernier caractère, plus intéressant et plus inattendu, parce qu’il est le seul à se trouver en contradiction absolue avec toutes les théories émises depuis la guerre sud-africaine ; je veux dire l’attaque sans tirer, imposée par la recherche de l’abri. L’armée japonaise au combat ne suit donc ni les principes de la tactique du feu ni ceux de la tactique du choc. Elle représente l’école du mouvement abrité.

RÉGINALD KANN