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toujours portés à tirer trop vite, lorsqu’ils ne se trouvent pas eux-mêmes sous le feu et qu’ils prévoient que leur objectif va leur échapper.

Mon insubordination vis-à-vis de l’état-major japonais m’obligea à quitter l’armée peu de temps après l’occupation de Liaoyang. Néanmoins, pendant les quelques jours qui précédèrent mon départ, j’eus souvent l’occasion de causer avec des officiers japonais et de leur demander des renseignements au sujet des procédés de combat que j’avais vu employer. Ma conversation avec le colonel Nagata, commandant l’artillerie de la 5e division et promu depuis général de brigade, fut particulièrement intéressante.

Je lui demandai d’abord pourquoi l’artillerie japonaise n'exécutait jamais que du tir indirect. « La raison est simple, dit en souriant le colonel : parce que le tir direct est devenu complètement impossible. Avec la rapidité de tir des pièces russes, les nôtres seraient vite hors de combat, si l’ennemi parvenait à en découvrir remplacement. En un mot, montrer une batterie, c’est la détruire. »

Je m’étonnai également du bombardement lent et, selon moi, prématuré que l’on avait dirigé, le 30, contre les lignes russes, apparemment avec une efficacité médiocre : « Votre observation, repartit mon interlocuteur, est tout à fait exacte. L’effet matériel sur l’ennemi est presque négligeable. Ne croyez pas pourtant que nous ayons ainsi vidé nos caissons en pure perte ; 1'effet moral produit a été considérable pour l’ennemi et pour nos propres troupes. Soyez persuadé que les nerfs des défenseurs, forcés de se terrer derrière des parapets à chacune de nos salves, ont été fortement secoués après un jour et demi de cet exercice, et qu’au moment de l’assaut la précision de leur tir s’en est ressentie. Voyez la batterie qui tire devant vous (cette conversation se tenait le 2 septembre, pendant l’attaque de la deuxième ligne de défense de Liaoyang) ; elle vise les redoutes russes à 3 500 mètres, et elle n’est composée que de pièces de montagne. Je suis sûr, à cette distance, de ne pas tuer grand monde, mais je ne doute pas du plaisir qu'éprouvent nos fantassins, à deux kilomètres en avant de nous, en entendant nos obus siffler par-dessus leur tête. »

Avec les nombreux officiers d’infanterie que je rencontrai,