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convois, j’obliquai à droite et, contournant le contre-fort R, j’arrivai à huit heures au piton F, puis au sommet E, encore encombré de nombreux cadavres russes et japonais qui témoignaient de l’opiniâtreté de la lutte livrée sur ce point quelques heures auparavant. Le mamelon E offrait certainement le meilleur observatoire de tout le champ de bataille. Du haut de ses pentes escarpées, on découvrait droit devant soi toutes les positions russes jusqu’au mont Chiouchan. À gauche, s’étendait la vaste plaine occupée par l’infanterie japonaise ; à droite, au premier plan, s’élevait la position flanquante des Russes, L-M, qui nous couvrait de shrapnells, et, plus loin, la tour coréenne de Liaoyang émergeait des jardins et des plantations qui nous cachaient la ville chinoise.

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Le 31 au matin, vers huit heures, l’artillerie, renforcée par le reste des batteries de la brigade indépendante, couvrait les tranchées russes d’un ouragan de projectiles pour faciliter l’assaut. L’infanterie japonaise (3e, et gauche de la 5e division) attendait, dans les abris creusés à mille mètres environ de la position, l’ordre de se porter en avant. La première ligne comprenait un effectif d’environ trois bataillons, les hommes au coude à coude dans les tranchées. Le terrain à parcourir était découvert, n’offrant d’autre protection que quelques renflements du sol. Pour l’attaque, on avait fractionné les lignes en petits groupes de 12 à 20 hommes, placés chacun sous le commandement d’un officier ou d’un gradé. On fixait à chacun de ces groupes le point où il devait parvenir ; c’est la seule indication qu’il devait recevoir du commandement.

A midi dix minutes exactement, les fantassins japonais mettent sac à terre et l’attaque générale commence. La première ligne bondit hors des tranchées ; les chefs de groupe se jettent en avant, courant de toutes leurs forces jusqu’à la ride de terrain la plus proche, où ils se couchent à terre. Leurs fractions les suivent sans observer aucun ordre, chaque homme ayant pour unique préoccupation d’arriver le plus vite possible à l’endroit où il pourra s’aplatir. Quelques-unes