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pitons E, F, G, c’est-à-dire le point le plus compromis où l’on aurait dû, au contraire, multiplier les couverts pour les défenseurs et les obstacles contre les assaillants.

Les troupes chargées de la défense se composaient de bataillons sibériens dont il nous a été impossible de déterminer le nombre, mais d’un effectif suffisant pour que, dans les tranchées, l’on pût placer les hommes au coude à coude, ainsi qu’en faisaient foi les piles de boites de cartouches que, le lendemain de la bataille, on trouva sur le parapet, espacées de quatre-vingts centimètres l’une de l’autre. C’était là une faute de plus : les officiers russes, en entassant leurs soldats à ce point, avaient méconnu l’enseignement capital, peut-être le seul enseignement certain, qu’on a pu tirer de la campagne sud-africaine. Si la défensive des Burgers a donné des résultats si surprenants, c’est grâce à ce principe capital, dont ils ne se sont jamais départis, de placer les tireurs aussi loin que possible les uns des autres. Cette disposition ne leur fut pas dictée seulement, comme on pourrait le croire, par la pénurie d’hommes et le large front à occuper : là où ils avaient des défenseurs en nombre suffisant pour former une ligne continue, ils n’en conservaient pas moins les mêmes intervalles, en laissant le surplus des combattants au repos, en arrière de la ligne de bataille. Ils avaient, en effet, constaté dès les premiers engagements que la rapidité de tir du fusil à chargeur permettait de diminuer considérablement le nombre des tireurs, sans affaiblir sensiblement la valeur de la résistance. De plus, pendant toute la période du combat où le feu n’était pas employé par la défense, les hommes espacés pouvaient se coucher au fond de la tranchée, où ils jouissaient d’une immunité complète : à la bataille de Colenso, le 15 décembre 1899, l’artillerie anglaise prépara l’attaque de l’infanterie en bombardant les retranchements depuis quatre heures jusqu’à sept heures du matin, avec plus de cinquante pièces ; pendant cette canonnade, les Boers perdirent deux hommes tués et un blessé.

Les Russes ignoraient cette première loi de la défensive ; ils en méconnurent une autre en ne dégageant pas suffisamment leur champ de tir. Sur tout le front de leur droite et de leur centre, un glacis descendait jusqu’au lit d’un torrent situé à huit cents mètres des tranchées ; au delà le terrain