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caine, puis tente de détruire les théories de ses adversaires :

Une des conclusions les plus dangereuses qu’on ait tirées de la guerre des Boers est de prétendre que les attaques de front sont devenues impossibles. Les attaques des Anglais ont échoué parce qu’ils n’y ont pas employé des forces suffisantes ni montré assez d’énergie dans l’exécution. Leurs grandes pertes s’expliquent surtout par les nombreuses surprises que leur valut l’absence de tout service de reconnaissance et de sûreté, et parce qu’ils n’avaient pas la notion de l'avant-garde. Le succès de l’attaque dépend de la supériorité du feu. Pour l’obtenir sur le point décisif, que ce soit sur le front ou à une aile, il faut amener devant ce point des forces supérieures, les engager convenablement et les faire donner vigoureusement. C’est précisément ce que les Anglais n’ont pas fait. Partout où l’infanterie et l’artillerie ont, dans un effort combiné, obtenu la supériorité, l’attaque de front a réussi.

Le général Bonnal, ancien directeur de l’École supérieure de guerre, n’est pas moins affirmatif contre les novateurs, dans la brochure qu’il a publiée en 1908 sur la Récente Guerre sud-africaine et ses enseignements. Cette étude commente et critique, phrase par phrase, et en termes très vifs, l’article de la Revue des Deux Mondes. Un dernier paragraphe présente les conclusions de l’auteur :

Par l’armement de l’artillerie et de l’infanterie, le front de combat est devenu inviolable sur la presque totalité de son étendue ; mais un général habile saura découvrir soit une zone d’approche et de rassemblement favorable à l’attaque, soit, chez l’ennemi, un point faible qui sera un saillant du front mal flanqué, ou une aile mal appuyée, difficile à protéger. L’inviolabilité du front, même pour des forces sensiblement supérieures à celles qui le défendent, conduit à chercher la décision du combat dans une action par surprise, puissante et bien préparée, enfin exécutée sur le point jugé le plus favorable. L’action par surprise, très forte, suppose la concentration clandestine, à courte distance du point d’attaque, d’un ensemble de moyens très supérieurs à ceux de l’ennemi. La préparation est le fait de nombreux tirailleurs gagnant du terrain vers l’objectif à l’aide de nombreux canons, lesquels, après avoir fait taire l’artillerie de la défense, s’efforcent d’atteindre son infanterie. L’exécution est la dernière phase du combat. Elle comporte la mise en mouvement de la masse d’attaque.

De cet exposé rapide des idées de nos tacticiens les plus en vue, ressortent les deux opinions ou écoles en présence :