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les faire cheminer à l’abri des vues de l’ennemi, qui sera ainsi privé de repères pour régler son tir.

Le cheminement à couvert est lent, c’est vrai ; mais mieux vaut employer deux heures à se rapprocher de l’ennemi de la valeur d’un kilomètre, sans avoir subi de pertes, que de franchir la même distance en quinze minutes, après avoir perdu le quart de son effectif. Le cheminement à couvert disloque les liens tactiques, dit-on encore : mais en terrain couvert et coupé, il n’y a plus de forme tactique possible ; l’infanterie s’avance dans les formations de marche les plus favorables pour se soustraire à la vue et aux coups de l’ennemi.

Dans la zone battue, il n’y a plus, à proprement parler, de tactique d’infanterie ; la vraie tactique se résume dans le « suivez-moi » du chef. C’est affaire au chef de choisir les procédés qui lui semblent les meilleurs pour plier les formations au terrain, sans trop se préoccuper des détours et des circuits qu’il imposera à sa troupe, des allongements qui en résulteront dans la durée du trajet, des déplacements latéraux qui détourneront momentanément la troupe de sa véritable direction.

Une infanterie qui chemine ainsi à couvert et qui sera amenée jusque vers quatre cents mètres de la position ennemie, n’ayant subi que peu ou point de pertes, sera bien dans la main des chefs ; en pleine possession de son énergie physique et morale, elle se trouvera dans les meilleures conditions pour donner l’assaut, après avoir couvert de feux les positions ennemies.

On voit que le général Kessler interdit l’attaque de front en terrain découvert, recherche l‘enveloppement, ou tout au moins les cheminements abrités ; il insiste sur la liberté que l'on doit laisser aux chefs de petites unités pour le choix des formations.

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Les théories qui précèdent rejettent l’emploi des formations massées et ne cherchent pas à obtenir le résultat par le choc ; elles ne mentionnent même pas l’emploi de réserves pour le combat offensif. Ces opinions radicales n’ont pas tardé à rencontrer de violents contradicteurs. Les généraux Langlois et Bonnal se sont faits les champions de ce que l’on pourrait appeler l’école conservatrice. Dans son ouvrage paru en 1903, Enseignements de deux guerres récentes, le général Langlois s’attache à prouver que les principes en vigueur n’ont rien