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le sénateur Hanna était brusquement enlevé par une fièvre typhoïde. Ce triste événement mit fin aux intrigues dirigées contre M. Roosevelt, et le 23 juin la Convention nationale du parti républicain l’élisait par acclamation candidat à la présidence.

Quelques jours plus tard, au commencement de juillet, la Convention nationale du parti démocrate se réunissait à son tour à Saint-Louis. Les deux défaites successives de M. William J. Bryan, candidat démocrate à la présidence, en 1896 et en 1900, et l’échec définitif du mouvement bimétalliste écartaient cette candidature. L’élément conservateur du parti démocrate a réussi à reconquérir la prédominance qui, depuis huit années, lui avait échappé, et il a pu faire choisir son candidat, M. Alton B. Parker, président de la Cour d’appel de l’État de New-York.

La campagne électorale n’a été vraiment animée que pendant les dernières semaines. Les adversaires du Président critiquaient son caractère impulsif, ses actions précipitées, certaines de ses décisions qui, strictement peut-être, auraient dû faire l’objet d’une loi. Ils lui reprochaient notamment d’avoir, à la veille même des élections, étendu singulièrement, pour les anciens combattants de la guerre civile, le droit à une pension, déjà si libéralement accordé. Ils invoquaient aussi contre lui, dans les États du Sud, son invitation à la Maison-Blanche d’un homme de couleur, d’un ancien esclave, M. Booker T. Washington. Ils l’accusaient de n’avoir montré contre les trusts qu’une activité modérée, de n’avoir utilisé que mollement les moyens que lui offrait la loi d’entraver leurs actions illégitimes et de rester, quoi qu’il en dit, leur véritable défenseur par son obstination à soutenir la politique protectionniste, à combattre toute réforme radicale du tarif douanier. Enfin, ils s’attaquaient surtout à ses ambitions impérialistes. Son ardeur à accroître la marine de guerre, à augmenter les forces militaires, sa diplomatie agressive, son amour de la lutte, son patriotisme bruyant, ne le qualifiaient pas, disaient-ils, pour mener à bien les destinées du pays qu’il pourrait, sans que celui-ci s’en doutât, entraîner dans une aventure dangereuse.

Mais ces critiques et la véhémence de ces attaques ne mettaient que plus en relief la personnalité de M. Roosevelt.