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gouverneur d’un État, incapable de maintenir l’ordre avec la seule milice, doit faire appel aux troupes fédérales. Mais M. Roosevelt n’a pas négligé de rappeler aux ouvriers comme aux trusts, en toutes occasions, que l’obéissance à la loi était, dans une démocratie surtout, le premier des devoirs. L’Union des typographes prétendait ne laisser travailler dans l’imprimerie gouvernementale à Washington que des ouvriers affiliés ; elle avait obtenu la révocation d’un contremaître indépendant ; le Président fit réintégrer celui-ci, en dépit des menaces de grève.

Il n’avait pas eu à intervenir dans le différend qui avait mis aux prises, en 1901, le steel trust et l’Union des ouvriers du fer et de l’acier. En 1902, la grève du charbon amena la cessation du travail dans toutes les mines d’anthracite de la Pennsylvanie orientale, englobant environ cent quarante-cinq mille hommes. M. Roosevelt se décida à une action sans précédent jusqu’alors. Les ouvriers réclamaient une augmentation de salaire et la reconnaissance de leur Union, nouvellement constituée. Ils demandaient qu’un tarif de salaires fût élaboré chaque année, d’un commun accord, par leurs délégués et les représentants des compagnies minières, ainsi que l’on procédait déjà dans les mines de charbons bitumineux de la Pennsylvanie occidentale. Les compagnies minières refusaient toute concession. Elles déclinaient même les offres d’arbitrage. La grève avait éclaté au mois de mai. Pendant l’été, le public n’y prêta que peu d’attention ; au début de l’hiver, il s’en émut fortement et témoigna bientôt une vive hostilité contre l’intransigeance des compagnies. De leur côté, les ouvriers s’énervaient ; des attentats étaient commis. M. Roosevelt se décida à intervenir. Il invita les compagnies à déléguer des représentants auprès de lui ; en même temps, il convoqua le président de l’Union des mineurs. Ce dernier acceptait, au nom des ouvriers, la décision de tout arbitre que désignerait le Président ; les représentants des mines, après avoir d’abord refusé, acceptèrent la même décision, sur le conseil de M. G. Pierpont Morgan. Le Président put ainsi hâter la fin d’une grève lamentable, où l’intérêt du public se confondait avec celui des ouvriers. Par cette initiative habile, il donnait la preuve de son impartialité entière entre travailleurs et capitalistes.