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générales des deux compagnies de chemins de fer, dont elle possédait la majorité des actions. Il est cependant un remède auquel M. Roosevelt s’est obstinément opposé. L’élévation exagérée des droits de douane, en rendant impossible la concurrence étrangère, permet aux trusts de tyranniser le marché intérieur. L’abaissement des droits de douane serait donc d’un grand avantage pour les consommateurs américains. Mais le parti républicain, en vue de hâter le développement de l’industrie, a toujours soutenu la politique protectionniste ; il ne saurait l’abandonner aujourd’hui, sous peine de s’aliéner ses alliés les plus fidèles ; c’est pour satisfaire ceux-ci qu’ont été votés les tarifs prohibitifs de 1890 et de 1897 ; toute révision radicale de ces tarifs rencontrerait de leur part une opposition irréductible.

Jadis, M. Roosevelt, étudiant à Harvard, avait reçu l’enseignement d’économistes favorables au libre échange ; à sa sortie de l’Université, il avait fait partie du Free trade Club de New-York ; mais il avait abandonné ce club pour devenir membre du parti républicain. Pourtant, il se disait « républicain d’abord, libre échangiste ensuite ». Mais, depuis, ses idées se sont modifiées : il vante aujourd’hui les avantages de la protection et s’oppose à une modification de la politique douanière. Le remède, suivant lui, serait pire que le mal. En voulant atteindre les trusts qui bénéficient du tarif, on frapperait plus fortement encore leurs concurrents nationaux. « La réglementation des trusts, a dit nettement M. Roosevelt, n’a aucun rapport avec la révision douanière. » Cette affirmation tranchante peut être agréable aux défenseurs des trusts ; malheureusement, elle est insoutenable. Le Président a témoigné lui-même, en d’autres occasions, qu’il lui semble impossible de conserver indéfiniment les droits exagérés du tarif actuel. Il a parlé de confier à des experts, qui « prendraient en considération à la fois les intérêts particuliers et l’intérêt général », l’étude des révisions nécessaires ; ces experts fourniraient au Congrès les renseignements impartiaux d’après lesquels il pourrait agir. Sage proposition ! trop sage pour avoir quelque chance de succès : elle n’a même pas été prise en considération par le Congrès.

Le Président n’a pas été plus heureux dans son projet