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paré, depuis un demi-siècle, l’activité la plus intelligente et le travail le plus soutenu de la nation qui, du même coup, a quelque peu négligé la surveillance ou la direction de ses affaires publiques. Recrutés d’ordinaire parmi les éléments inférieurs de la population, ne voyant dans la politique qu’un métier, incapables le plus souvent de comprendre l’intérêt national, trop égoïstes d’ailleurs pour y subordonner leur intérêt personnel, les politiciens ont cyniquement lié parti avec les magnats de la finance et de l’industrie, et s’en sont faits les instruments dociles. Dans les assemblées municipales des grandes villes, dans les législatures des États, la corruption s’est étalée au grand jour. Même dans les décisions de la Chambre basse du Congrès, les intérêts industriels et financiers ont prévalu en bien des circonstances, et les syndicats financiers n’ont pas toujours trouvé des consciences incorruptibles dans le Sénat fédéral. Tout à l’aise, les politiciens ont organisé cette merveilleuse « machine » qui, sur toute l’étendue de l’Union, enserre les électeurs. L’assainissement de la vie publique est le problème le plus sérieux et le plus difficile qui s’offre aux jeunes générations américaines. C’est le but élevé que se proposait M. Roosevelt en entrant dans la politique active.

Dans l’assemblée de l’État de New-York, où il siégeait de 1882 à 1884, il s’élevait avec véhémence contre les pratiques de corruption. Nommé par le président Harrison, en 1889, membre de la commission fédérale du Service civil, il s’efforçait, pendant six années, d’en étendre les attributions, et réussissait à faire ajouter vingt mille places à la liste de celles qui ne s’obtiennent que par le concours, les arrachant ainsi à l’influence des politiciens. Président, de 1895 à 1897, du comité de police de la ville de New-York, il affrontait courageusement l’hostilité du syndicat politique, de Tammany. La guerre de Cuba le trouva secrétaire-adjoint du département de la marine, où l’avait appelé le président Mac Kinley : il démissionna pour prendre part à la campagne et leva ce fameux régiment de rough-riders, dans les rangs duquel se coudoyaient les riches fils de famille de l’est et les aventureux cow-boys de l’ouest, et dont il a lui-même raconté les exploits. La charge de Las Guasimas lui donna la gloire