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SOUVENIRS DE BRIENNE


— 1780–1784 —


Dans une boîte de bouquiniste des quais, j’ai fait l’achat, ces temps derniers, d’un cahier de quelques pages jaunies et d’un aspect fort misérable, dont la couverture ne porte que ce simple titre : Souvenirs. « On y parle de Napoléon », m’avait dit le marchand. Il ne se trompait pas, et ma surprise fut grande de découvrir que l’auteur de ces souvenirs, dont malheureusement il ne restait que quelques fragments, avait été, pendant plusieurs années, camarade de Bonaparte à l’école de Brienne et à l’École militaire de Paris.

Une particularité significative me révéla son nom. « Le chevalier de Reynaud, écrit-il, me choisit avec quatre autres élèves pour entrer à l’École militaire de Paris, Bonaparte, Montarby, Comminges, Laugier. » Il suffisait de s’en référer au livre de M. Chuquet, la Jeunesse de Napoléon, pour connaitre le nom du cinquième élève désigné pour l’École militaire. Il s’appelait Henri-Alexandre-Léopold de Castres de Vaux. Nul doute n’était possible, car la date de sa naissance, rappelée dans ses souvenirs, et nombre de détails adonnés sur sa vie concordaient avec les renseignements recueillis par M. Chuquet.

Il semble que les Souvenirs de de Castres soient le seul document manuscrit qui évoque les souvenirs du séjour de Bonaparte à Brienne[1]. Et c’est ce qui en fait la grande valeur.

« Il a été écrit tant de sottises et de mensonges sur les premières années de cet homme extraordinaire, a dit justement M. de Castres, que je crois devoir dire ici ce que j’en sais. »

  1. MM. Chuquet, le prince Roland Bonaparte et le baron Lumbroso s’accordent pour reconnaître le caractère inédit des Souvenirs de de Castres.

1er janvier 1905.