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diverses ascensions assez périlleuses, ils se décidèrent à tenter enfin celle du Parascotopetl, dans laquelle le guide indigène disparut. On a relaté cet accident une douzaine de fois par écrit et le meilleur récit est celui qu’en a fait Pointer. Il raconte comment les alpinistes, après une montée périlleuse et presque verticale, parvinrent au bord même du dernier et du plus profond précipice, comment ils édifièrent pour la nuit un abri dans la neige, sur un épaulement de rocher, et, avec une réelle puissance dramatique, comment ils s’aperçurent soudain que Nuñez n’était plus là, comment ils appelèrent sans obtenir de réponse et s’époumonnèrent à crier et à siffler sans plus fermer l’œil le reste de la nuit.

À l’aube, ils découvrirent les traces de sa chute et comprirent pourquoi il n’avait pu répondre à leurs appels. Il avait glissé du côté est, sur le versant inconnu de la montagne, dévalant une pente rapide couverte de neige dans laquelle son corps avait creusé un large sillon et déterminé une avalanche. Sa trace allait se perdre ainsi au bord d’un effroyable précipice par delà lequel on ne distinguait plus rien. Au-dessous d’eux, tout à fait en bas, ils entrevirent, confus dans le lointain brumeux, des arbres dont les sommets émergeaient d’une vallée étroite et encaissée : — le Pays des Aveugles. — Mais ils ne savaient pas que c’était là cette contrée légendaire qu’aucun trait particulier ne signalait d’ailleurs à l’attention. Découragés par ce malheur, ils abandonnèrent dans l’après-midi leur ascension, et Pointer dut rejoindre son poste avant d’avoir pu renouveler sa tentative. Aujourd’hui encore, le Parascotopetl dresse vers le ciel sa tête inconquise, et l’abri édifié par Pointer et ses compagnons tombe en ruine parmi les neiges sans donner asile à d’autres visiteurs.



Le montagnard survécut. Après avoir trébuché sur le rebord, il avait fait une chute de mille pieds, et, au milieu d’un nuage de neige, il avait glissé au long d’une pente abrupte, tourbillonnant, étourdi et insensible, mais sans un os rompu ; de chute en chute, il parvint à des déclivités plus douces où il s’arrêta enfin, enfoui dans l’amas de neige qui