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Ce 17 [février 1833].

J’ai reçu avec une vive reconnaissance, mon ami, votre drame et le mot si précieux pour moi qui y est écrit. À travers vos croissants succès et dans mon absence, il m’est bon de croire à un lien durable, à un nœud fidèle resté de vous à moi. Je serai heureux si je puis quelque jour vous montrer qu’il est resté bien entier de mon côté ; le temps ne ronge point ces anneaux scellés et comme oubliés au cœur, mais les fortifie.

Sainte-Beuve


Le succès de Lucrèce Borgia est triomphal ; ce qui n’empêche pas Gustave Planche, ancien ami de Victor Hugo devenu son ennemi, de l’attaquer violemment dans la Revue des deux mondes. À la suite de quelques propos tenus au bureau de la Revue, Gustave Planche croit devoir écrire à Victor Hugo une lettre où il paraît s’être mis auprès du poète sur le pied de l’égalité avec Sainte-Beuve. Victor Hugo communique à Sainte-Beuve le passage de la lettre qui le concerne :

« Ce dimanche [24 février 1833].

» Je vous envoie, mon ami, un passage de Planche auquel je ne comprends rien. Il faut qu’il soit fou de se figurer que j’établirai jamais, je ne dis pas la moindre solidarité, mais le moindre rapprochement entre vous, Sainte-Beuve, et lui.

» Vous savez bien, vous, que vous n’avez pas d’ami meilleur que moi.

» v.»


Sainte-Beuve répond par une explication quelque peu embarrassée. Il ne pouvait assurément opposer son veto à l’article de Planche, mais un mot dit à Buloz aurait peut-être empêché le directeur de la Revue des Deux Mondes de rompre avec Victor Hugo. Le rôle de Sainte-Beuve n’apparaît pas bien clair entre Victor Hugo et ses amis et ennemis. Il lui conseille de ne pas écrire à Pierre Leroux ; fera-t-il, lui, tout ce qu’il faut pour les réconcilier ?

Ce lundi [25 février 1833].
Mon cher ami,

Je conçois que vous n’ayez rien compris ; mais voici, je crois, l’explication. J’ai su avant-hier que votre frère Abel, en vous racontant ce que lui aurait dit Buloz au sujet de cet article, avait ajouté que moi-même je ne m’étais pas opposé