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sition de me soutenir chaudement dans cette occasion, si elle ne veut pas s’abdiquer elle-même. J’ai grand besoin de tous ces appuis, mon cher ami, dans la lutte où me voilà contraint de m’engager et de persister, moi à qui vous connaissez des habitudes si recueillies et si domestiques.

» … Adieu, mon pauvre ami. Voilà bien des services que je vous demande à la fois, et je dois vous excéder. Mais vous êtes encore l’ami sur lequel je compte le plus, et je demande tous les jours au ciel une occasion de vous rendre les bons offices de cœur que je vous dois.

» Je me remets tout entier dans vos mains.

» Votre ami à toujours,
» Victor.»

Sainte-Beuve répond et fait sentir encore, à la fin de sa lettre, combien il lui est incommode de ne voir Victor Hugo qu’au dehors et chez des tiers :

Ce samedi [8 décembre 1832].
Mon cher ami,

Je ne reçois qu’aujourd’hui samedi 8, votre lettre de samedi il y a huit jours. Il parait qu’elle a été à Montrouge, je ne sais où ; le timbre est tombé sur l’r de rue, et on n’a lu que Montparnasse qu’on a interprété par Montrouge. Bref elle m’arrive à l’instant. Seulement, une autre fois, mettez rue tout au long.

Vous m’aurez dû trouver bien négligent, mon cher ami ; heureusement, Renduel m’avait parlé à temps pour l’insertion d’une citation au National. Je vous ai dit que cette citation avait été tronquée, et que deux ou trois phrases littéraires, très circonspectes, du commencement, avaient été mises de côté. Renduel m’avait également parlé hier de l’article politique à faire sur la question théâtrale. Ma seule objection, mon ami, à une chose qui vous serait agréable et qui me paraît si équitable en elle-même, est celle-ci : Je n’ai pas d’idées nettes sur cette question de législation théâtrale. Je suis hier allé un moment à la bibliothèque où j’ai causé avec Magnin qui m’a fait part aussi de ses doutes : il paraît même qu’il a écrit autrefois à ce sujet dans le National un article dont il n’est pas très content. L’argumentation que vous faites dans les deux premières pages de la préface est certes