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Aimez-moi toujours, mon cher ami : j’espère vous voir un de ces dimanches chez Nodier.

Mille amitiés.
Sainte-Beuve

Rue du Mont-Parnasse, n° 1 ter.

Victor Hugo répond, le jour même :

« 13 novembre 1832.

» Toute la salle est louée, mon ami, et louée je ne sais trop comment à je ne sais trop qui. Cela s’est fait si rapidement que je n’y ai vu que du feu. On a cependant réservé quelques loges pour ceux de mes amis qui voudraient en louer, et je suis heureux de pouvoir en faire céder une à madame Allart. Elle pourra, la veille de la représentation (qui aura lieu le 22), faire retirer les coupons de la loge n° 5 des secondes, côté gauche. La loge est à six places. Je vous garde une stalle et je vous donnerai les deux billets que vous désirez. Que vous êtes bon de penser à moi et de m’aimer toujours un peu !

Le gentilhomme devient, en effet, fabuleux ; mais, que voulez-vous ? Il faut le plaindre encore plus que le blâmer. Il sera bien ravi si le Roi s’amuse fait fiasco. C’est ainsi qu’il me paye les applaudissements frénétiques d’Othello.

» Vous, vous êtes toujours le grand poète et le bon ami. J’aurai grande joie à vous rencontrer un de ces dimanches soirs chez Nodier, peut-être dimanche prochain, n’est-ce pas ?

» Votre vieil ami,
» v.»

Sainte-Beuve réplique :

Ce marcredi [14 novembre 1832].

Merci, mon cher ami, de votre réponse que je transmets à madame Allart, mais voici qu’Ampère me prie de la part de madame Récamier de vous supplier pour une loge : elle a assisté à Hernani ; elle ne voudrait pas manquer le Roi s’amuse. Elle va même jusqu’à désirer la loge numéro 1 du rez-de-chaussée qu’elle affectionne singulièrement. Serez-vous assez bon pour me répondre encore à ce sujet ? Madame Récamier a pour vous et a eu pour Hernani en particulier une admiration que M. de Châteaubriand a fort partagée à cause de l’amour du vieillard.

À propos du gentilhomme, il est revenu chez Buloz hier,