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En répondant à propos d’un album, où le poète le priait d’écrire quelques vers, c’est maintenant Sainte-Beuve qui propose à Victor Hugo, sinon de collaborer habituellement au National, journal républicain, du moins d’y signer un article :

[juillet 1832].

.

Mon cher ami,

Je voudrais bien pouvoir écrire tout de suite, mais je ne sais rien par cœur et il faut que je choisisse dans mes rapsodies. Ne vous donnez pas la peine de renvoyer chercher l’album ; vous le recevrez demain à quatre heures.

J’ai vu hier Magnin qui m’a parlé des Tuileries et de l’article à faire contre ces dilapidations ; il en a été question au National, et Carrel a dit « Mais si Hugo voulait faire l’article lui-même, s’il le voulait signer, nous serions très heureux. » Je sais bien que vous y verrez difficulté, mais je vous redis le mot : s’il n’y avait pas trop d’objections de votre part, ce serait certainement un pied pris dans ce journal, et que Magnin et moi ferions en sorte de maintenir pour vous, lors de la représentation de vos pièces, en parlant ou faisant parler à Rolle : ce que je tâcherai de faire dans tous les cas.

Je vous remercie bien de m’avoir envoyé, outre l’album, ma jolie petite filleule.

Vous recevrez donc l’album demain.

Tout à vous de cœur,
Sainte-Beuve


Il manque ici une ou plusieurs lettres de Sainte-Beuve ; Victor Hugo y répond, des Roches :

« Ce vendredi 21 septembre [1832].

» … Nous sommes ici dans la plus grande paix qui se puisse imaginer. Nous avons des arbres et de la verdure mêlée à ce beau ciel bleu de septembre sur notre tête. C’est tout au plus si je fais quelques vers. Je vous assure que le mieux ici est de se laisser vivre. C’est une vallée pleine de paresse.

» Votre lettre pourtant m’a fait regretter Paris. Si j’avais été à Paris, nous aurions dîné ensemble dans quelque cabaret, et vous m’auriez lu votre article sur Lamartine. Vous savez combien j’aime Lamartine, et combien je vous aime. Vous êtes pour moi deux poètes