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n’avais pour but que de vous satisfaire. Oui, mon Dieu, que M. Bertin lise l’article ; ce que je désire le plus, c’est qu’il le mette ; mais s’il ne le mettait pas, ce ne serait pas de son refus par rapport à moi, mais par rapport à l’objet voulu, que je serais contrarié. Quant à la disposition bienveillante dont vous me parlez, j’en suis sincèrement touché et reconnaissant, surtout après cette conduite assez brutale (au point de vue privé) dont je me suis avisé. Je sais mieux que personne que les Débats sont le seul journal quotidien où la littérature ait la place convenable et toute liberté ; mes petits intérêts de finances comme mes goûts littéraires seraient parfaitement d’accord là-dessus. Mais il y a autre chose ; j’ai, à tort ou à raison, des idées autres que celles des Débats sur la manière de pousser en avant la civilisation, d’émanciper le peuple ; je prends davantage les choses par le côté des sacrifices, des risques généreux, et d’une vérité et d’une équité plus inflexibles, quoique aussi sujettes à l’erreur. Travailler, même littérairement, à la réussite d’un journal dont l’effet général est contraire à ces sentiments, voilà toute la difficulté pour moi et le scrupule. Orner pour ma part et autant que je puis ce que je crois, en somme, peu bon à propager, mêler une goutte de miel de plus à l’attiédissement public, telle est encore une fois mon objection. Vous la devez sentir, mon ami. Mais je voudrais séparer de ce jugement abstrait le sentiment de profonde reconnaissance personnelle que m’inspire ce que vous me rapportez.

J’arrangerai, à la fin, cette page que Renduel m’avait déjà demandée et vous l’enverrai pour l’ajouter, demain ou après.

J’espère que vous allez tous bien, et je suis tout à vous de cœur, mon ami.

L’insurrection de juin 1832 vient d’ensanglanter Paris ; l’état de siège a été proclamé. Ici quelques lettres dont le caractère politique fait grand honneur aux deux amis.

Sainte-Beuve écrit à Victor Hugo :

[7 juin 1832] Quatre heures.
Mon cher ami,

On est décidé, au National, à rédiger une déclaration des écrivains en faveur de l’indépendance de la presse à l’occa-