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Ce jeudi [10 mai 1932].
Mon cher ami,

Si les Débats n’acceptent pas l’article d’emblée, je suis bien sûr que, sous un prétexte ou un autre, ils l’ajourneront indéfiniment et ne le mettront pas. Je vous avoue que, d’après la connaissance que je crois avoir de ce que c’est que la boutique d’un journal, et d’après l’espèce de défaite d’un article probablement commencé par je ne sais quel de leurs rédacteurs, il ne me paraît guère probable qu’ils consentent à l’insertion : le mieux alors serait de le leur redemander vite ; je ne vois pas pourquoi il ne passerait pas au National, où il deviendrait un bon piédestal et où ce serait une espèce de bombe dans les glaces polaires de leur littérature. Voyez si ce dernier parti vous convient ; dans ce cas, veuillez me renvoyer le morceau et j’entamerai la négociation de mon côté.

Tout à vous de cœur. J’espère que vous allez tous bien.

Sainte-Beuve


Victor Hugo répond qu’il « n’a proposé l’article aux Débats qu’avec une extrême réserve et en maintenant tous les privilèges dus au talent de Sainte-Beuve ». L’article sera accepté sans être lu au préalable :

« M. Bertin est on ne peut plus disposé à insérer, et je suis convaincu que l’article passera. Sinon, je compte sur votre bonne volonté pour le National. J’ajouterai ici, en confidence, que le désir de vous avoir aux Débats comme rédacteur littéraire me paraît très grand et perce dans tout ce qu’on me dit. Tenez ceci bien secret. Qu’en pensez-vous de votre côté ? »

Sainte-Beuve répond par la très honorable lettre que voici. Il est alors de l’opposition, et il n’entrerait aux Débats, même comme rédacteur littéraire, qu’avec un médiocre enthousiasme :

Ce vendredi [8 mai 1832].
Mon cher ami,

Renduel m’avait dit effectivement tout le soin que vous preniez par rapport à ce qui me concerne dans l’affaire de l’insertion, et en vérité vous êtes bien bon de vous occuper à ce point de moi dans une circonstance où je