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à en parler après Nodier, Nisard et autres qui le feront mieux, mais non plus sincèrement, plus cordialement je vous assure.

Je vous prie de croire, malgré ces absences et ces silences qui dorment comme des fleuves infranchissables entre nous, au sentiment durable et profond qui me reporte sans cesse à votre Élysée dont j’étais alors, comme ces ombres que l’antique fatalité nous montre tendant encore les bras au passé ripæ ulterioris amore. — On me dit de toutes parts que madame Hugo va mieux et que sa santé parait se réparer ; c’est pour moi une bonne nouvelle à laquelle j’ai besoin de croire. —

Adieu, mon cher ami, soyez heureux, vous et tout ce qui vous touche,

Je reste à vous de cœur.
Sainte-Beuve

Il manque ici une lettre, au moins, de Victor Hugo, à laquelle Sainte-Beuve répond tout de suite. Il s’excuse de n’avoir pas fait paraître encore son article sur les Feuilles d’Automne :

Ce dimanche [2 avril 1832].

C’est moi, mon cher ami, qui me disposais à vous écrire pour vous demander de vos nouvelles, pour vous prier d’excuser le long retard que j’ai mis à faire une chose bien agréable pour moi et que j’espère bien vous envoyer à lire à la fin de la semaine, sans faute. Mais vous savez comme on remet involontairement et de quelle façon, malgré nous-mêmes, les jours et les semaines s’accumulent sur le plus doux et le plus facile projet. Mais je me suis promis formellement d’avoir fini pour samedi prochain ; j’en ai fait le ferme propos et vous le recevrez ce jour-là. Voilà ce que j’allais vous écrire pour m’excuser auprès de vous, quand votre bonne lettre m’est arrivée ; de tous vos compliments j’aime et je prends ce qui les dicte, ce que l’absence, je commence à l’espérer plus que jamais, laissera vif, intact et inaltérable entre nous.

Tout à vous, mon ami.
Sainte-Beuve

Peu de jours après, l’article sur les Feuilles d’Automne paraissait dans la Revue. Sainte-Beuve ne comprenait rien à tout ce qui touche