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rale ; je ne parle pas de la première représentation. Mais je voudrais voir la répétition, il y a un acte que je ne connais pas, tel qu’il est refait, le 5e — et il y a si longtemps que je n’ai entendu toute la pièce, qu’elle me fera une impression fraîche et presque vierge. Je voudrais bien, mon ami, pouvoir vous être bon à quelque chose dans ceci, mais je ne vois pas à quoi. Si vous aviez quelque service pour lequel je vous fusse bon, j’éprouverais une vraie reconnaissance de vous voir me le demander. J’espère que vous êtes bien, et que madame Hugo se rétablit. Je joins ici la pièce que vous avez eu la bonté de me livrer et dont j’ai fait usage. Vous recevrez cette Revue dans deux ou trois jours. Adieu, mon ami, votre succès me paraît trop certain pour ne pas vous en féliciter d’avance ; mais, allez, j’apporterai à cette pièce de bien autres émotions que des émotions littéraires.

Toujours à vous de cœur.

Sainte-Beuve

Victor Hugo, touché, lui répond « Votre lettre m’émeut aux larmes… » Il lui envoie un laissez-passer, lui demande de transmettre des places pour la première représentation à quelques amis communs et termine en lui disant : « Pardon ! vous voyez comme je dispose de vous ; c’est encore comme autrefois. »

***

Ici une lacune de quatre mois dans la correspondance. En décembre 1831, Victor Hugo publie les Feuilles d’Automne. Sainte-Beuve lui écrit aussitôt :

Ce samedi.
Mon cher ami,

Renduel m’a apporté ce matin votre livre avec la suscription que vous avez bien voulu y mettre et qui m’a fort touché. Depuis tantôt trois heures, je le lis, le dévore, me prenant aux pièces pour moi nouvelles, ou me replongeant aux anciennes. Vous ne pouvez savoir combien tout ce qu’il y a d’intime, de grave, d’irréparable dans les émotions que vous exhalez m’a été au cœur et y demeurera. J’aurais grand bonheur