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désirerait aussi que la pièce dont j’ai cité quelques vers sur votre naissance s’y trouvât, sinon entière, du moins en grande partie ; ce serait peut-être une manière de lui payer ce que vous lui avez promis. Dans le cas où vous consentiriez, seriez-vous assez bon pour me renvoyer cette pièce ? Un mot de réponse, n’est-ce pas et dites-moi aussi, mon ami, comment vous allez, si vous êtes plus content, si les nuages s’en vont de ce front et les soupçons de ce cœur, si j’y ai toujours une place, mais une place moins cruelle pour vous et moins irritante. Mon ami, dites-moi un mot de tout cela, et croyez toujours à ma pensée qui vous suit et à mon dévouement pour tout ce qui vous touche.

Votre ami,
Sainte-Beuve


Victor Hugo répond avec mélancolie :

« Ce 21 [juillet 1831].

« J’ai les yeux si malades, cher ami, que j’y vois à peine pour vous écrire. Je reçois votre lettre en rentrant de la campagne où j’étais allé passer quelques jours dans l’espoir d’y trouver des distractions, qui m’ont fui là comme ailleurs. Je n’ai plus qu’une pensée, triste, amère, inquiète, mais, je vous jure, pleine au fond de tendresse pour vous. Voici les vers que vous me demandez. Faites-en tout ce que vous voudrez, comme vous le voudrez. Vous êtes mille fois trop bon de vous occuper encore de moi. J’en suis toujours bien fier et plus profondément touché que jamais. Mais surtout aimez-moi et plaignez-moi.

» Votre frère,
« VICTOR. «

Sainte-Beuve, dans ses lettres, semble avoir accepté, cette fois sans aigreur et sans révolte, l’obligation de ne plus venir dans la maison de Victor Hugo. Il compte, apparemment, que s’il se soumet de bonne grâce et rassure par tous les moyens son ami, l’interdiction sera levée. En attendant, il ne cesse pas de voir Victor Hugo au dehors, soit chez des amis communs, soit dans quelque restaurant où ils conviennent de dîner ensemble. Il lui témoigne les égards les plus délicats. Après un de leurs entretiens, il lui vient un scrupule qu’il se hâte de lui exprimer :