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mérite des jeunes gens que par leur aptitude à faire ou à commander l’exercice et par la sévérité avec laquelle ils punissaient leurs camarades lorsqu’ils étaient élevés à l’emploi de sous-officiers, toutes ces raisons, dis-je, tuaient l’émulation qu’aurait donnée la distribution de ces trois croix si elle s’était faite avec justice. Je puis certifier, que sur neuf croix que j’ai vu donner pendant les trois ans que j’ai été à l’École militaire de Paris, il n’y en a eu que trois données avec justice.

La compagnie de cadets gentilshommes,— c’est ainsi qu’on appelait les élevés,— était commandée habituellement par un sergent-major choisi au milieu d’eux ; elle était partagée en quatre divisions, commandées par un sergent ou chef de division, et chaque division en trois pelotons, commandés par un chef et un aide, en tout vingt-neuf sous-officiers. Ces places auraient dû être pour ceux du travail desquels on aurait été le plus satisfait, mais comme c’était le conseil d’état-major, composé des officiers, qui les donnait, et que le témoignage des professeurs n’y servait de rien, elles n’étaient accordées qu’à ceux qui faisaient le mieux l’exercice, qui avaient un meilleur ton de commandement et, surtout, à ceux qui punissaient le plus sévèrement, à tort et à travers, les fautes les plus légères de leurs camarades.

Il y a tels individus que j’ai méprisés, et que je mépriserai toute ma vie, pour n’avoir pas craint de s’avancer et même d’obtenir la croix par de telles voies, et d’avoir poussé les choses au point de faire chasser de l’École des jeunes gens souvent très recommandables, et qu’on a vus plus tard avoir, dans les corps où ils étaient enfin parvenus à se placer, une considération bien supérieure à celle des auteurs de leur perte. J’ai vu le conseil des officiers renvoyer et perdre des jeunes gens pour des fautes qu’on ne peut appeler que de véritables polissonneries. C’était réellement inconcevable.

On a demandé avec ironie quels étaient les grands hommes qu’a produits l’École militaire qui justifiassent les frais de l’éducation qu’ils avaient reçue aux dépens de l’État. La manière d’y répondre péremptoirement est, ce me semble, de demander quel rôle auraient joué ces jeunes gens, si le gouvernement ne s’était pas chargé de leur éducation. Relégués