Page:Revue de Paris, 12è année, Tome I, Jan-Fév 1905.djvu/21

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

l’École militaire lui eût permis d’exécuter ce projet gigantesque car, en 1776, quand elle fut réformée par M. de Saint- Germain, on trouva dans ses coffres dix millions d’épargne, malgré les travaux considérables qu’elle avait fait exécuter et les biens qu’elle avait achetés.

Lorsqu’en 1778 elle fut rétablie sur un pied bien plus modeste, il lui fut alloué quatorze cent mille francs de revenus, provenant des biens qu’elle avait achetés avant sa première suppression. Sur ces fonds, elle devait payer la pension de six cents jeunes gens, répandus dans les douze écoles militaires qu’on avait créées en la supprimant, et qui furent conservées quand on la rétablit, ce qui, à six cents francs par tête, faisait une somme de trois cent soixante mille francs. Elle payait encore une pension de deux cents francs à chacun des jeunes gens qui étaient sortis de l’établissement et servaient dans les corps de l’armée, jusqu’au moment où ils étaient capitaines : cet objet se montait à quatre cent mille francs. Il restait donc en caisse, pour le seul établissement de Paris, plus de six cent mille francs par an. Aussi les appointements du gouverneur, de l’inspecteur, du directeur des études, de cinq officiers majors, de cinq à six aumôniers, de trois écuyers, de trente professeurs ; l’entretien de cent cinquante domestiques, de trente à quarante palefreniers, de quatre-vingts chevaux de manège, de quinze à vingt de voitures ; le supplément de solde d’une compagnie de sous-officiers invalides et de tous les ouvriers et hommes de peine n’en absorbaient-ils qu’une partie. Tous les ans, l’École faisait bâtir, terrasser les terrains environnants, cherchait enfin à consommer les revenus, pour que l’envie de s’emparer de ses épargnes ne portât pas une seconde fois le ministre à la supprimer.

En 1788, on crut un instant à une guerre avec l’Autriche, pour la navigation d’Anvers sur l’Escaut, et déjà les régiments qui devaient marcher étaient désignés. L’École militaire fit mettre quatre cent mille francs de côté pour distribuer à ceux de ses anciens élèves qui seraient dans le cas de marcher, comme gratification d’entrée en campagne, pour faire leur équipage, et il avait été décidé que pareille somme serait employée tous les ans, pendant la guerre, pour indem-